Symphonie 5.1
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Symphonie 5.1 de Van Grimde à l’Agora de la danse | Danseurs pixellisés

« Symphonie 5.1 réfléchit au destin du corps physique alors que le virtuel prend de plus en plus de place, jusqu’à s’infiltrer dans nos corps », nous prévient la chorégraphe Isabelle Van Grimde qui propose au tout nouvel Espace Françoise-Sullivan de l’Agora de la danse son plus récent opus.

Depuis une dizaine d’années, la Compagnie Van Grimde Corps Secrets se distingue par un travail chorégraphique de plus en plus marqué par l’intégration et l’évolution des nouvelles technologies. Son exploration n’a cependant jamais été poussée aussi loin que maintenant, au point qu’à certains moments, on se sait plus si on observe sur cette scène un danseur réel ou son clone virtuel.

Et l’on repense avec une certaine ironie que la chorégraphie qui l’a lancée à l’international s’intitule À l’échelle humaine. Beaucoup de chemin parcouru donc, devant ce spectacle où la lumière en mouvement, comme une deuxième peau, vient se greffer et interagir avec les corps des quatre danseurs.

Comme pour ajouter à cette étonnante orgie de lumières vivantes, la chorégraphe a choisi les variantes physiques venues avec l’âge, si bien que deux de ses danseurs, en l’occurrence Samaël Maurice et Maya Robitaille, ont respectivement 14 et 15 ans. Tous les deux sont inscrits au programme professionnel de l’École Supérieure de Ballet du Québec.

Les deux autres danseurs sont Sophie Breton et Georges-Nicolas Tremblay. La première a fait partie de la Compagnie O Vertigo avec Ginette Laurin pendant trois ans, pour ensuite travailler entre autres avec les chorégraphes Jacques Poulain-Denis et Virginie Brunelle. Le second, pour sa part, a dansé pour Hélène Blackburn, Harold Rhéaume, Louise Bédard et Estelle Clareton. Il a été au nombre des interprètes de 26 lettres à danser, une création de la Compagnie Bouge de là dirigée par Hélène Langevin. On pourra le revoir prochainement dans une production de Corpuscule Danse chorégraphiée conjointement par Benoît Lachambre, Deborah Dunn et Lucie Grégoire.

Crédit photo : Michael Slobodian

Crédit photo : Michael Slobodian

Bombardés de faisceaux lumineux à géométrie variable sur un tapis blanc en constante transformation néo-psychédélique, les danseurs eux-mêmes sont vêtus de motifs lumineux en interaction avec chacun de leurs mouvements. Les corps sont irradiés, pixellisés, aussi dissolus et fragmentés que le permettent, jusqu’à l’excès peut-être, les technologies numériques. Il n’est donc pas étonnant de retrouver parmi les crédits le nom de Jérôme Delapierre au « Design visuel d’interaction ».

La musique originale, que l’on pourrait qualifier de spatiale, est jouée live par le guitariste Tim Brady et le batteur et percussionniste Thom Gossage, cachés derrière un rideau de tulle en fond de scène et que l’on apercevra seulement à la fin de ce surprenant spectacle d’à peine 55 minutes où les danseurs, dans l’impossibilité de revenir en arrière, atteignent une dimension spectrale qui révolutionne l’avant-gardisme en danse jadis proposé par Françoise Sullivan dont le nom est maintenant associé pour toujours à cette salle des plus innovantes.


* Symphonie 5.1 est présenté à l’Agora de la danse jusqu’au 21 avril 2017. Détails et billets par ici.

 

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