Cirque Alfonse
Critique Publié le

«Tabarnak» par le Cirque Alfonse à La Tohu | Sauvez mon âme!

Depuis sa création au festival Montréal Complètement Cirque en 2017, le spectacle « Tabarnak » a été présenté plus de 200 fois à travers l’Europe, le Mexique et le Canada. Avec un titre pareil, sous-titré de surcroît par « La grand-messe du cirque québécois », la compagnie Alfonse (formée par la famille Carabinier-Lépine et leurs proches amis, surtout originaires de Saint-Alphonse-Rodriguez dans la région de Lanaudière), passe à la confesse à répétition, avec ce simple juron qui titille la fibre québécoise. Et ça marche en ta…!

Quand on entre dans l’enceinte de la TOHU, les interprètes sont déjà éparpillés dans le désordre apparent de la scénographie de Francis Farley, comprenant son lot d’objets hétéroclites n’ayant rien à voir les uns avec les autres. À l’avant-scène, deux barbus s’adonnent au tricot pendant que les spectateurs s’installent. Un cochon rose, une paire de patins, un bikini marbré, un jeu de poches, une borne-fontaine, un bâton de hockey, une quille esseulée… Alfonse fait admirablement feu de tout bois.

Ils sont neuf joyeux lurons à désacraliser le sacro-saint héritage du Québec profond, dont trois musiciens à l’arrière-scène exécutant la partition originale de David Simard, qui ponctue efficacement une enfilade de numéros acrobatiques parfaitement rodés. Une musique que l’on pourrait identifier comme électro-trad, alors que dans son mot du metteur en scène, Alain Francoeur parle de « fresque anarchique » ou encore d’une « allégorie rock » offrant même du chant et de la danse en les intégrant aux arts circassiens, que la troupe réinvente.

Photo par Guillaume Morin

Ce véritable clan pure laine du Cirque Alfonse a fait sa marque de commerce en s’inspirant du folklore rural national, depuis le camp de bûcherons de Timber! en 2011, suivi de son cabaret déjanté Barbu en 2014. Sans avoir le temps de voir venir et sans subtilité facile, Tabarnak regorge de numéros électrisants, comme cette chorégraphie à six sur de vieux patins à roulettes, et autant de figures acrobatiques très complexes, le tout en ayant l’air de s’amuser.

Entre une chanson à répondre qui commence par « Monsieur le curé a perdu son chapeau, Dominum nostrum » et un numéro complètement original comme celui des trois filles acrobates maniant le fouet en se tenant debout sur une barre, ou encore la formation d’une double pyramide humaine sur trois étages, on s’émerveille devant autant de savoir-faire.

Cela consiste également en du jamais-vu au cirque, comme ces longues perches posées droites sur une épaule alors que l’un des acrobates ira jusqu’à se hisser tout en haut. La conception d’une balançoire acrobatique géante par Renaud Blais relève aussi de la nouveauté.

Tabarnak est un spectacle époustouflant, auquel on donnerait le bon Dieu sans confession, car ses gros péchés circassiens sont si savoureux.

Photo par Guillaume Morin

Vos commentaires