Danses Buissonnières
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Tangente | Des Danses Buissonnières pleines de talent

Tangente lançait cette semaine sa saison 2016-2017 avec la série des Danses Buissonnières, quelques mois avant de déménager dans ses nouveaux quartiers dédiés à la danse au courant de l’hiver.


Les Danses Buissonnières 2016 offrent la possibilité à six jeunes artistes chorégraphes locaux de produire leur création sur la scène montréalaise. Sélectionnés sur dossiers et auditions parmi une vingtaine de candidats, ils sont accompagnés tout au long de leur processus de création par Tangente qui leur apporte tout le soutien nécessaire à leur accomplissement. C’est donc un belle récompense pour ces jeunes danseurs de pouvoir présenter leur travail devant un public toujours enthousiaste de faire connaissance avec la nouvelle génération. C’est un principe que l’on espère voir fonctionner longtemps tant il ravit les spectateurs et est en même temps un beau tremplin pour ces artistes en devenir. Et le spectacle n’a pas déçu : six tableaux se sont succédés, variés, personnels, interprétés avec talent et vérité.

La première pièce, Struwwelpeter, fut un solo d’Ariane Dessaulles qui, cachée derrière un masque d’expression neutre à la fois troublant et angoissant, a décidé d’explorer le monde d’Hoffman à travers ses mouvements. On sent une grande présence sur scène de la part de cette jeune danseuse-chorégraphe qui accapare notre attention dès le début. Mêlant la schizophrénie, le domaine du jeu et de l’enfance, la perception animale et la folie avec toujours une pointe d’inquiétude liée à ce masque impassible, sa création est une belle réussite.

Eryn Tempest © Rachelle Leblanc, Jesse Tempest

Eryn Tempest © Rachelle Leblanc, Jesse Tempest

Eryn Tempest la suivait avec Selk, un solo très poétique, sensible, vivant. La jeune femme part à la rencontre du lien entre le corps et l’eau et l’on peut l’admirer onduler sur elle-même comme les ondes aquatiques que retransmet sa bande sonore. Il y a toujours une grande fluidité qui traverse ses mouvements amples alliés à une tendre mélancolie. Accompagnée par une musique ondoyante, elle arrive à nous transmettre de très belles émotions.

C’est Manuel Shink qui cloturait cette première partie avec sa pièce Hors d’oeuvre. Cet artiste au corps souple a décidé d’utiliser ses formes longilignes pour s’intéresser aux diverses transformations qu’un corps humain peut supporter. Vêtu d’un collant et d’une paire de talons aiguilles, le danseur interpelle.

En investissant certaines icônes féminines dans son corps masculin, il pose la question de la diversité identitaire et interroge sur les stéréotypes. Son bras levé en signe de défi à la toute fin est une protestation ouverte à la doxa du monde actuel.

Dépression et dichotomie

Geneviève Jean-Bindley © Gabriel Germain

Geneviève Jean-Bindley © Gabriel Germain

Après la pause, Geneviève Jean-Bindley nous proposait Rainblow une chorégraphie autour de la dépression. Langage signé et expressif, cette jeune danseuse visite la noirceur de cette maladie très répandue. Tout au long de sa création, on sent un déchirement intérieur entre les tréfonds sombres et la surface. Elle possède un jeu de mains particulièrement précis et intelligent, toujours juste et compréhensible. Le titre de sa pièce est un sarcasme bien vu à la chanson Over the Rainbow de Judy Garland dont elle est justement accompagnée.

Who Cares de Virginie Desroches est la première pièce de la soirée qui met en scène plusieurs danseuses. Partant de la dichotomie, ce monde tiraillé entre deux opposés, on assiste à une magnifique relation d’amour/haine des deux interprètes. La question du double et de la paire est partout. Les corps s’entrechoquent, s’étreignent puis se détachent et se rejettent violemment dans un duo physique où l’on ne peut que saluer la complicité des deux danseuses. Ce lien puissant entre elles implique une tension qui captive le spectateur d’un bout à l’autre de l’oeuvre.

C’est finalement une pièce à six qui cloturera cette belle édition 2016 des Danses Buissonnières avec Movement in serra – 3RD Movement, travail collaboratif du collectif ephfem. Les spectateurs sont invités à se rendre sur la scène et à circuler autour des artistes qui dansent dans un périmètre délimité par un carré de lumière. On est donc ici dans la construction d’une oeuvre en direct dont le spectateur fait partie. L’approche est véritablement intelligente et les six danseuses ont une connivence extrême : la fougue et la fraicheur de leur jeunesse ne cesse de transparaître.

Il n’y a pas de doute, la classe 2016 des Danses Buissonnières regorge de talent en pleine éclosion, que ce soit au niveau des chorégraphes ou des danseurs. Avec autant d’idées diversifiées, sensibles et touchantes, la relève locale est assurée !

Il vous reste jusqu’à dimanche (2 octobre) pour les découvrir au Monument National. Détails et billets par ici.

 

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