Zones déroutantes
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Tangente présente Zones déroutantes | 3 créations autour des arts visuels et de la perception

Jeudi soir se tenait la première de Zones Déroutantes présenté par Tangente et qui proposait trois créations très différentes autour des arts visuels et de la perception quelle qu’elle soit. Toujours soucieux de mettre en avant les jeunes de la relève, Tangente avait également invité en ouverture du spectacle la chorégraphe autochtone Barbara Kaneratonni Diabo. Au cours du mois d’avril, divers artistes autochtones viendront présenter leur travail en début de représentation.

C’est donc 5 minutes pour que je te dise de Barbara Diabo qui a lancé la soirée. La courte pièce est une ode à la nature. L’artiste mentionne que dans sa communauté, tout est considéré comme égal : les animaux, les plantes, les rivières, les humains…

Évoluant avec poésie et douceur, l’interprète imite le caribou, une mère qui berce son enfant, un oiseau nocturne à l’aide de branches de différentes formes : elle se tient ainsi au plus proche de la nature, qui lui est si chère. En arrière-plan, des images de communautés autochtones défilent. Elles sont à la fois anciennes et actuelles et permettent de replacer la croyance de Barbara Diabo dans une ligne intemporelle.

Habiter (Katia-Marie Germain)

Photo par Olivier Desjardins.

Photo par Olivier Desjardins.

Habiter de Katia-Marie Germain, qui interprétait sa pièce aux côtés de Marie-Gabrielle Ménard fut également une très belle découverte. Dans cette création se posait toute la question de l’habitation en général, que ce soit le fait d’habiter un lieu ou celui tout simplement d’habiter son corps.

Au gré d’une lumière assez neutre qui s’allume et s’éteint à intervalles variés, les interprètes évoluent à travers les différentes pauses de la vie quotidienne. Elles profitent du noir pour changer seulement un détail ou alors totalement de position sans manquer de déboussoler le spectateur qui ne peut s’empêcher de se retrouver à travers elles.

Les interprètes sont vibrantes dans leurs expressions faciales et corporelles : elles sont à la fois neutres mais intenses et certains tableaux qu’elles proposent ne sont pas sans rappeler les tableaux de Johannes Vermeer (La jeune fille à la perle, La laitière…). Petit à petit, leurs corps s’animent : le spectateur peut ne pas se rendre compte tout de suite de ce changement tant le mouvement apparaît subtile et à la limite de l’inertie.

C’est justement ce qui fait la beauté de la création : on oscille entre arrêts sur image et progressions graduelles qui vont s’accélérer petit à petit. Elles évoluent parfois ensemble, d’autres fois à l’unisson ou bien elles s’interchangent. La création se termine sur des flashs où l’on voit l’une des deux artistes quitter peu à peu la table pour la laisser telle une nature morte devant nos yeux.

 

Closer (Karen Fennell)

© Nikki Forrest

© Nikki Forrest

C’est avec Closer de Karen Fennell et Nikki Forrest que la soirée se termine. On change tout à fait de registre ici pour s’intéresser à la connexion des différents médias et celles de nos corps. Avec une création comme Closer, on est plus dans l’expérimentation scénique que les deux autres pièces.

La partie fascinante de cette production et la vidéo en direct réverbérée à l’infini dans l’écran du fond et mêlée à une vidéo pré-enregistré. Cela donne des connexions et des formes très intéressantes entre les interprètes présentes sur scène et les mêmes interprètes mais filmées ultérieurement. On aurait presque regretté que ça n’aille pas plus loin dans cette exploration car cette partie ne constitue environ qu’un tier de la production. Il y a un très beau travail fait sur la fluidité du mouvement en général, que ce soit dans le geste corporel ou celui des accessoires utilisés.

Zones Déroutantes est une belle programmation qui est à découvrir jusqu’au 9 avril au Wilder. Détails par ici.

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