Yonatan Gat
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Taverne Tour 2019 | La prière musicale de Yonatan Gat et Eastern Medicine Singers

Après avoir passé un jeudi soir en la charmante compagnie d’Anatole au Verre Bouteille, et un vendredi marathonesque à parcourir une dizaine de bars en quatre heures (topo vidéo à venir sur notre page Facebook en début de semaine), le Taverne Tour se concluait pour nous avec un solide concert bien rock de Big Business à L’Esco (consultez la critique du collègue Victor Perrin), ainsi qu’une « cérémonie musicale » psychédélique dans une Sala Rossa bien bondée. Yonatan Gat était de retour à Montréal, mais pour la première fois en compagnie du quatuor amérindien Eastern Medecine Singers (quelques mois après avoir fait l’expérience au FME). Une communion musicale improbable, qui aura transformé la Sala Rossa en gigantesque transe.

La petite histoire raconte que Yonatan Gat, guitariste psychédélique échevelé d’origine israélienne maintenant installé à Brooklyn, aurait découvert les Eastern Medecine Singers par hasard au festival SXSW il y a deux ans. En les voyant à l’oeuvre, l’idée lui vint de collaborer avec ce quatuor de chanteurs amérindiens du Rhode Island. Les liens entre le rock’n’roll psyché et les chants folkloriques des Premières Nations peuvent paraître tirés par les cheveux sur papier, mais Gat, lui, voyait clairement comment ces deux univers pouvaient cohabiter, voire se marier.

Entre-temps, Yonatan Gat a fait paraître un nouvel album, sans eux, au printemps 2018 : l’excellent Universalists. C’est d’ailleurs avec quelques pièces de son répertoire que Gat a débuté le spectacle, en formule trio : guitare électrique tonitruante (à double-manche svp, style Jimmy Page), batterie époustouflante, basse en symbiose.

Tout se déroule pour l’instant sur la scène. Cette dernière phrase peut sembler évidente, mais puisqu’une plateforme était installée au milieu de la salle, avec des pieds de micro, deux amplis et un gros tambour, on se doutait bien que la performance allait y prendre place tôt ou tard. Et comme prévu, après une vingtaine de minutes de rock psyché typiquement Gat sur la scène principale, les quatre hommes amérindiens se sont faufilés au milieu de la foule, afin de s’installer en cercle, face à face, autour du gros tambour sur la petite plateforme. Les chants débutèrent, les quatre hommes battant la cadence à l’unisson sur leur tambour commun, et c’est alors que le trio de musiciens de Gat, son bassiste et son batteur les ont rejoints, en triangle autour du cercle, afin d’ajouter une trame de rock volcanique aux mélodies exotiques. La foule se replace autour du noyau, certains montent sur la scène principale pour mieux voir.

* Photo par Camille Gladu-Drouin.

 

La symbiose a pris un certain temps à s’installer musicalement, Gat cherchant visiblement la bonne gamme pour accompagner les chanteurs au départ. Mais une fois sur la même longueur, la collaboration a crée de la petite magie.

Le lien qu’on cherchait tout à l’heure entre le rock psyché et les chants folkloriques?  On aurait dû y penser : quiconque a vu le documentaire RUMBLE: The Indians Who Rocked The World (fortement recommandé par ailleurs!) comprend désormais que les racines du rock’n’roll ont beaucoup à avoir avec certains musiciens des Premières Nations, dont l’apport historique a été largement effacé. Au coeur de ce film fort intéressant, on retrouve la brûlante pièce instrumentale éponyme, hymne rock’n’roll controversé de Link Wray. Lorsque Yonatan Gat en gratte les trois premiers accords, au rythme martelant des Eastern Medecine Singers, l’effet de transe est immédiat.

* Photo par Camille Gladu-Drouin.

 

 

Au bout d’une heure de jams semi-improvisés et de pièces adaptées pour cette configuration, le constat s’impose : l’univers éruptif de Yonatan Gat et les chants des Eastern Medecine Singers fusionnent effectivement à merveille. Une expérience d’échange culturelle pour le moins déroutante, et visiblement fortement appréciée la foule, qui a accepté volontiers de terminer le tout sur une prière amérindienne, la main sur l’épaule gauche de son voisin d’en avant, pour compléter cette grande communion et leçon d’ouverture culturelle.

YAMANTAKA // SONIC TITAN, sans Ange Loft

En première partie, la troupe canadienne Yamantaka // Sonic Titan devait jouer son noise métal expérimental sans l’une de ses deux vocalistes, Ange Loft, dont le transport vers Montréal fut perturbé en raison d’un incident.  Quelque part près de Trenton, en Ontario, le train à bord duquel se trouvait Loft aurait été heurté par des débris, causant une fuite d’essence et des dommages aux fenêtres extérieures. Aucune blessure, rien de trop grave, mais son retard a forcé le groupe à débuter le concert sans elle… avant qu’elle ne fasse sa triomphante arrivée, juste à temps pour la dernière chanson, sous la clameur de la foule qui avait été tenue au courant de la situation!

Même si la performance n’était pas exactement aussi complète – évidemment! – que ce à quoi Y//ST nous a habitué par le passé, on a tout de même pu entendre quelques murmures positifs de quelques fans de Yonatan Gat qui ne connaissaient visiblement pas cet excentrique groupe maquillé en première partie. À ceux-ci, on avait envie de dire : « découvrez-les, ça presse! » Les deux premiers albums se sont faufilés (avec raison) jusqu’à la courte liste des prix Polaris 2012 et 2014, alors que le plus récent DIRT, paru en 2018, se trouvait sur la longue liste l’an passé. Et c’est véritablement sur scène que la puissance du groupe se déploie dans toute sa splendeur.

Il y aura d’autres occasions. Ne les manquez pas.


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