The Great Tamer
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The Great Tamer à l’Usine C | Les Grecs se dénudent

La Grèce est à l’honneur sur nos scènes montréalaises ces temps-ci, le hasard faisant en sorte que deux productions aux antipodes y soient présentées. Il y a Électre de Sophocle à l’Espace Go où brille Magalie Lépine-Blondeau avec un bond en arrière de 2 400 ans, et The Great Tamer de Dimitris Papaioannou à l’Usine C qui repousse les contours de l’avant-garde grecque d’aujourd’hui.

On ne s’étonne pas que Dimitris Papaioannou, né à Athènes en 1964, se soit d’abord fait connaître par les arts visuels et en tant que bédéiste. Il a été l’élève du peintre grec Yannis Tsarouchis, avant ses études à l’École des Beaux-Arts d’Athènes. En 1986, il a fondé sa propre compagnie, Edafos Dance Theatre, avec laquelle il a présenté 25 créations qui fraient avec le théâtre physique, la danse expérimentale et la performance.

Issue de la scène underground grecque, sa compagnie a créé en 2017 The Great Tamer qui tourne autour du monde depuis, grâce à pas moins de 10 coproducteurs, tant d’Europe que de Corée du Sud et de Taiwan, sans oublier le Festival d’Avignon où il a été encensé. Il faut dire que le metteur en scène s’était attiré l’attention à l’international en 2004 en tant que concepteur des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d’Athènes.

L’année dernière, Papaioannou est devenu le premier artiste à créer une nouvelle œuvre, Since She, pour le Tanztheater Wuppertal, la rigoureuse compagnie de l’éminente chorégraphe allemande Pina Bausch qui a fait école. En 2014, avec Still Life, il s’est retrouvé dans la spirale à succès d’une vaste tournée en Europe, en Amérique du Sud, en Asie et en Australie.

Photo par Julian Mommert.

 

« Fable en noir et blanc sans début ni fin »

The Great Tamer se définit comme une « fable en noir et blanc sans début ni fin », explorant une thématique archéologique qui évoque les mythes anciens et modernes, par le biais de l’éternelle étreinte entre la vie et la mort. Dimitris Papaioannou s’explique en disant : « Il s’agit de creuser et d’enterrer, puis de révéler des actions métaphoriques pour parler de l’identité, du passé, de l’héritage et de l’intériorité subconsciente. En creusant, notre mémoire est auscultée au microscope ».

La scène, inclinée, est recouverte de larges plaques anthracites, comme autant de cimetières à l’abandon et de couches géologiques de toute vie terrestre. Des trappes s’ouvriront, comme en retournant le sol où les corps des danseurs disparaissent dans les profondeurs de la Terre. Dans un manège lent et souvent répétitif, ils creusent la scène pour en extraire des morceaux de béton aussi bien qu’un corps d’homme nu à leur suite.

Sans texte, soutenu par une conception sonore originale à laquelle se greffe épisodiquement la musique de Strauss, le spectacle regroupe dix interprètes, soit sept hommes et trois femmes qui se déshabillent et se rhabillent au gré de l’action. Il y a beaucoup de nudité dans le spectacle de ces Grecs errant en toute immunité, ce qui donne des images saisissantes de corps nus dans des positions provocantes et des jeux de rôles qui ne conviendront pas à tous les publics.

* Photo par Julian Mommert.

Les scènes se suivent sans logique apparente, nourries d’éléments disparates comme de briser morceaux par morceaux le plâtre qui recouvre en entier le corps de l’un des interprètes, alors qu’un autre, ayant trouvé de l’eau dans l’une des cavités du plancher, ne se gêne pas pour éclabousser tout ce qui bouge autour.

Le spectacle, qui s’articule avec patience et répétitions pendant une heure et quarante minutes, ne dégage cependant que peu d’émotion tangible, de tension palpable, de ressort dramatique fort, sauf peut-être lorsqu’un squelette est déterré, ou qu’une abondante pluie de fléchettes est lancée en se plantant au sol.

Des bribes d’émotions donc, comme l’a voulu Dimitris Papaioannou de toute évidence, laissant le public libre de comprendre ce qu’il voudra de cette œuvre visuellement impeccable mais pour le moins singulière, résumée dans le programme par ces mots terribles : « Le chaos du monde n’aura jamais été aussi poétique ».

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