The Residents
Critique Publié le

The Residents au Théâtre Fairmount | Délicieusement cauchemardesque

Groupe mythique depuis près de 50 ans, The Residents a toujours su incorporer un visuel distinctif pour accompagner sa musique tout aussi originale, comme les fameux globes oculaires en guise de tête qui ont été troqués depuis longtemps pour des costumes plus légers et pratiques, mais aussi absurdes. L’image a changé, mais le principe reste le même : l’identité secrète des membres rend l’expérience bien plus excitante (c’est possible d’avoir des réponses en ligne, mais ça casse le party). Une autre chose qui n’a pas changé : l’excellente musique cauchemardesque se transposait parfaitement en spectacle.

Avec sa salle plus large que profonde et sa petite scène toute basse, le Théâtre Fairmount permet une intimité avec l’artiste que l’on retrouve rarement en spectacle. Mais les quatre projections vidéos parsemées durant le spectacle n’étaient visiblement pas conçues pour une disposition du genre. Il fallait être situé directement devant la scène pour apprécier ou, du moins, apercevoir le contenu diffusé. En plus, les projections étaient inégales, et elles offraient donc un moment idéal pour aller aux toilettes. Pour ceux qui l’ont manqué : Richard Nixon chantait du blues, entre autres.

Heureusement, l’image culte de l’œil surdimensionné n’avait pas tout à fait disparu: on le retrouvait en format géant en plein milieu de la scène, servant d’écran pour les projections, et aussi en petit format sur le rideau installé au fond. Le chanteur (à défaut d’avoir un nom officiel) est arrivé dans un costume de vache moulant arborant des bobettes, suivi des musiciens qui revenaient d’une séance de traitement de la peste (ou qui en portaient le masque, du moins).

Au son de la musique hypnotisante, le chanteur dévoilait ses mouvements de danse inusités dont il est probablement l’auteur. Question de paraître encore plus étrange, il fixait à l’occasion l’âme des gens dans la foule sans jamais leur adresser la parole… tout comme les membres qui n’interagissaient pas trop entre eux (sûrement par peur de représailles du chanteur-vache qui semblait être le chef du clan). Les masques des musiciens anonymes laissaient étrangement entrevoir leurs yeux, comme si c’était possible de regarder quelque chose qu’il ne fallait pas.

The Residents a quand même dû sélectionner des pièces parmi un immense répertoire allant jusqu’aux années 1970. Le chanteur rugissait presque toutes ses paroles comme on pouvait l’entendre sur Black Behind ou Die! Die! Die! (des mots toujours l’fun à beugler). Le groupe a aussi interprété sa célèbre reprise de James Brown It’s a Man’s Man’s Man’s World, qui a été vivement acclamée des premières notes jusqu’aux dernières. Les membres ont joué des classiques, mais aussi des pièces plus récentes comme l’exaltée Rushing Like a Banshee sortie en 2016.

Dans une ambiance captivante rappelant un mauvais rêve, les mélodies accrocheuses se combinaient parfaitement aux rythmes saccadés provenant probablement de l’enfer. Le guitariste impressionnait par son tapping, ses solos et son son imposant plus présent en spectacle qu’en studio. Des sons démoniaques émanaient aussi du clavier et de la batterie électronique.

Un effet de stroboscope a fait patienter la foule avant le rappel, le temps de faire une petite crise d’épilepsie. Puis les membres sont revenus avec la ballade instrumentale Cowboy Waltz avant de s’attaquer avec acharnement à la reprise de Six More Miles (to the Graveyard) de Hank Williams. Avec ses chansons originales et ses reprises, The Residents réussit toujours à hanter un peu Montréal à chacun de ses passages.

Grille des chansons

  1. Jelly Jack Boneless Boy
  2. Mickey the Mumbling Midget
  3. Baby Sister
  4. The Black Behind
  5. The Monkey Man
  6. It’s a Man’s Man’s Man’s World (reprise de James Brown)
  7. Rushing Like a Banshee
  8. Train vs Elephant
  9. From the Plains to Mexico
  10. Hunger Hound
  11. Tell Me
  12. Die! Die! Die!
  13. Africa Tree
  14. (Let Me Be Your) Teddy Bear (reprise d’Elvis Presley)
  15. Tourniquet of Roses

Rappel

  1. Cowboy Waltz
  2. Six More Miles (to the Graveyard) (reprise de Hank Williams)

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