The War On Drugs
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The War On Drugs – A Deeper Understanding (****1/2) | Une drogue transcendantale

The War On Drugs - A Deeper Understanding The War On Drugs A Deeper Understanding

À la fois troublant et évasif, The War On Drugs enchante son monde avec son dernier disque A Deeper Understanding. Comptant comme toujours sur un Adam Granduciel au sommet de son art, les morceaux de ce nouvel opus révèlent une qualité d’écriture mystifiante.

Poursuivre le chemin tracé depuis l’acclamé Lost In A Dream en 2014 n’était pas une mince affaire pour les (encore) sous-estimés The War On Drugs. Pourtant, comme un bon vin, le collectif de Philadelphie se bonifie avec le temps. Et mieux encore, les années qui passent façonnent toujours plus leur son à la fois unique en son temps et rattaché à un passé bercé par les pièces de Bob Dylan, Bruce Springsteen ou Dire Straits.

Évidemment, rare sont les albums parfaits de nos jours mais A Deeper Understanding fascine. Car s’il y a bien un album qui peut prétendre à une haute distinction cette année, ce serait celui-ci. Ne triturant pas leur musique en allant vers l’essentiel, le groupe américain captive nos sens et offre des émotions pures.

 

Dans l’esprit du compositeur

Tout commence pourtant difficilement avec Up All Night, une chanson peu conventionnelle dans le répertoire de The War On Drugs. Une batterie lourde et une mélodie répétitive face à la voix poussive de Granduciel n’augure pas la perfection. Mais c’est finalement mal connaître The War On Drugs qui, par sa magie, renoue le lien vers son ambiance rock fétiche puisque la fin du morceau, avec ses voix voluptueuses, mène droit au cœur meurtri de A Deeper Understanding et son second titre Pain.

La thérapie de Granduciel se poursuit donc par un chef-d’œuvre rappelant l’apothéose du précédent opus In Reverse. On est déjà là sûrement face à une des pièces les plus fantastiques de l’album, voire de l’histoire du groupe car tout y est : des paroles profondes (« give me the deeper understanding of who I am »), une construction progressive, un tempo à point et une mélodie touchante. Un joyau à écouter et surtout réécouter tout comme Strangest Thing qui fait suite au single rythmé Holding On.

Réflexive, Strangest Thing invite à s’immerger toujours plus dans l’esprit du chanteur, tantôt trituré, tantôt révélé. « If I’m just living in the space between the beauty and the pain » dit-il d’ailleurs, comme si deux chemins se dessinent constamment pour un Granduciel parfois angoissé. Sauf que sa musique est toujours là pour faire balancier au désespoir en faisant place au ravissement.

Parce qu’il ne faut pas se mentir. Le refrain instrumental et son thème si soyeux dans Strangest Thing sont tous deux là pour sublimer les qualités du groupe, et particulièrement son leader auteur-compositeur et multi-instrumentiste. Leur musique agissant comme une drogue sur le cerveau, le nom du groupe représente d’ailleurs tout son contraire. Il faut selon le dicton la combattre cette drogue mais il devient impossible, à l’écoute de cet album et des anciens, de quitter ce confort dans lequel les gars de Philadelphia nous installent.

Bien qu’à mi-chemin du disque l’insipide Knocked Down fasse baisser la cadence, elle fait rapidement place à une seconde vague tout aussi riche que la première. L’enjouée Nothing To Find ou l’immense Thinking Of A Place sont de véritables ascenseurs émotionnels tandis que In Chains, dont l’intensité du refrain rappelle les fastes années du stadium rock, confirme la justesse d’écriture de Granduciel. Enfin, deux apaisantes ballades que sont Clean Living et You Don’t Have To Go concluent cet album d’une rare qualité et si justement interprété.

 

Un album de haut calibre

Riche musicalement, A Deeper Understanding l’est aussi dans sa durée. Plus d’une heure et quelques dix morceaux plus tard, le seul mot à dire serait « encore ». Car oui, The War On Drugs procure cette sensation unique d’être hors de soi, quelques instants, et de se perdre dans un rêve comme le faisait le chanteur Adam Granduciel dans son précédent album, album qui reste pour l’instant le meilleur du groupe.

Le seul regret pour ce nouvel opus est peut-être celui d’avoir pu, depuis quelques mois déjà, connaître la moitié des titres dans une stratégie marketing sagement programmée… Le regret donc de n’avoir pas découvert cette merveille en un instant, comme un explorateur qui découvrirait ce qu’est cet album : une mine de diamants.

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