Tinariwen
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Tinariwen à la Place des Arts | Entre moment extraordinaire et sonorisation inadaptée

La Salle Wilfrid-Pelletier accueillait jeudi soir Tinariwen, le collectif légendaire qui allie musique touareg et blues nord-américain. Si les musiciens ont été à la hauteur de leur réputation, la soirée a été entachée par des soucis techniques hallucinants pour une salle de spectacle de cet acabit.


Dengue Fever ouvre le bal

En première partie, le public encore froid a accueilli le groupe Dengue Fever, mélange de pop cambodgienne et de rock américain. Avec ses rythmes entraînants et la voix extraordinaire de la chanteuse Chhom Nimol, on a pris plaisir à écouter pendant une heure le groupe qui jouait ses titres les plus « classiques », ne sachant pas trop à quel public il avait affaire.

Les cinq musiciens ont été touchés par l’enthousiasme des spectateurs qu’ils ont longuement remerciés. Mais déjà, un bémol se faisait sentir sur la sonorisation de la salle, les balances ne semblant pas avoir été faites pour le groupe : le micro de la chanteuse était totalement inadapté à son timbre de voix, celui du choriste n’avait plus d’aigus, et le son des instrumentistes dépassait largement le son des chanteurs qu’on n’entendait qu’à peine. Dans le doute, on a supposé que la balance était déjà celle de Tinariwen, que les techniciens n’avaient pas le temps de changer entre les deux groupes. Comme on avait tort.

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Tinariwen

Après l’entracte, Tinariwen est arrivé devant un public trépignant d’impatience sur les sièges. Trois chansons plus tard, tout le monde était debout, descendu dans les allées ou resté sur place, et une très grande majorité de la salle ne s’est pas rassise de tout le concert.

Contrairement à ce que le programme indiquait, ne créditant que six artistes, le collectif est venu à sept, quatre guitaristes, un bassiste et deux percussionnistes (djembé, darbuka, calebasse, cymbales et grelots). Le groupe a présenté tout au long de la soirée son nouvel album, Elwan, tout en rejouant quelques classiques.

Avec leurs costumes traditionnels chatoyants et leur musique envoûtante, les musiciens ont transcendé le public qui a manifesté sa joie en applaudissant chaleureusement et en dansant avec la troupe. Le collectif a plaisanté à plusieurs reprises sur leur bonheur de pouvoir parler français avec ses spectateurs (ils sortent de trois semaines de tournée américaine).

Une scénographie dynamique, des signatures rythmiques impressionnantes et une ambiance festive, c’est ce qu’on attendait de Tinariwen et on n’a pas été déçus. Leur nouvel album s’inscrit dans la même tradition que les autres, avec des rythmiques répétitives qui évoluent pendant tout le déroulement du morceau, plongeant en transe le spectateur jusqu’à des climax instrumentaux et vocaux surpuissants.

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Sono désastreuse

Le choix de mettre un groupe aussi festif, aussi dansant dans une salle assise poussait forcément à la réflexion. Tinariwen, rappelons-le, accorde énormément d’importance au son et à l’ambiance acoustique créée (le groupe enregistre et joue dans le désert). Ils effectuent dans leurs lives et dans leurs albums un travail d’orfèvre sur les sonorités et l’orchestration. Il semblait donc probable que, pour coller au plus près de la sensibilité musicale et artistique du collectif, le choix ait été fait de les installer dans une salle avec une très belle acoustique — Wilfrid-Pelletier accueille habituellement les opéras de Montréal — plutôt que dans une salle à placement debout avec des possibilités acoustiques moindres.

Malheureusement, la sonorisation du concert a été, pesons sur le mot, un carnage. Les micros des choeurs n’étaient pas allumés lorsqu’ils chantaient, les instruments étaient tous beaucoup trop forts, aucune subtilité ne se détachant plus des cordes des guitaristes et des peaux des percussionnistes ; les paroles devenaient inaudibles car les micros souffraient d’un vrai problème d’equalizer.

Après deux larsen aigus où il a carrément été obligé de couper le volume, l’ingénieur du son a quand même laissé boucler une note stridente pendant plus de quarante minutes dans les enceintes, celle-ci s’apparentant presque à une sorte de basse continue rajoutée par le groupe. Malaise.

Le premier morceau joué en rappel, porté par la guitare acoustique d’Alhousseini ag Abdoulah et sa puissante voix grave, a été gâché par le bruit blanc dû à un volume beaucoup trop puissant alors même que le public écoutait dans le plus grand silence cette balade délicate.

Tinariwen est un groupe à voir et revoir, à écouter et à réécouter. Leur dernier album, Elwan est à l’image des autres : riche et puissant avec une orchestration extraordinaire. On espère simplement, pour leur prochaine fois à Montréal, que le diffuseur qui les accueillera fera preuve d’un peu plus de respect envers les artistes et leur sensibilité musicale.

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