Thomas Duret
Critique Publié le

Une excellente trilogie sur la vie de Thomas Duret à La Chapelle | Vraiment excellente !

Quand il entre en scène, nu et tout mouillé, le performeur Thomas Duret évoque la naissance comme premier temps de sa trilogie sur le passé, le présent et l’avenir. Ce n’est pas du théâtre, d’autant plus qu’aucun mot ne sera prononcé, ce n’est pas de la danse, mais ce curieux mélange de disciplines que l’on appelle performance quand on ne sait plus comment définir un spectacle qui va au-delà de l’un comme de l’autre.

Jouant sans cesse avec le temps en l’étirant au maximum, Thomas Duret ira s’asseoir sur un petit siège de l’autre côté de la scène. Pendant de très longues minutes, il restera assis là, tête baissée, les deux mains posées sur les genoux. Sans aucune musique pour tromper un tant soit peu le lourd silence dans lequel il nous plonge, il finira dans une extrême lenteur par glisser les mains sur ses jambes, jusqu’à descendre vers ses pieds, pour s’affaler ensuite de tout son long sur la scène.

Puis, l’artiste rampe sur le ventre, très lentement encore, pour atteindre un amoncellement d’objets placés au centre de l’aire de jeu et qu’il encerclera comme pour prendre possession de sa vie et de ce qui vient avec. Des objets comme des bottes de pluie en caoutchouc qu’il ne portera pas, une brosse à cheveux, une poupée en chiffon, des modèles réduits de voiture, et d’un camion jaune utilisé pour des travaux lourds. Mais, rien de tout cela ne l’amusera.

Crédit photo Colin Earp-Lavergne

Crédit photo Colin Earp-Lavergne

Sur un côté de la scène, déposés sur un support à vêtements métallique, deux gros blocs de glace fondent goutte-à-goutte sous les projecteurs avec un bruit caractéristique amplifié par un micro placé près des bacs collecteurs. Ce pourrait, surtout au cœur de ce silence mortifère, devenir le supplice de la goutte, chacune d’elle nous rapprochant davantage de la vieillesse. Mais, aussi singulières que soient les étapes de la vie de chacun, la trilogie de Thomas Duret les évoque en comptant sur l’adhésion indéfectible du public.

Après un bon vingt minutes de silence, la musique entame enfin l’étape suivante. Le performeur, qui était sorti de scène, revient habillé d’un jeans cette fois et en portant une lourde boîte contenant des fragments de miroirs cassés. Il les sortira comme dans un cérémonial pour en faire des tas, qu’il s’emploiera minutieusement à disperser ensuite partout sur la scène. Comprendra ce que voudra.

Pas un mot n’est prononcé, mais la troisième partie du cycle offrira en projection des mots et des phrases sur le mur en fond de scène. Des mots qui parlent de « préparer sa valise », et d’un « Je verrai » en pré-réponse à l’assertion finale qui nous laisse bien seuls avec son fatidique « Ce qu’il restera de nous ».

Encore jeune diplômé de l’École Supérieure de théâtre de l’UQAM, Thomas Duret s’est toujours montré exigeant envers le spectateur qui doit accepter qu’il ne se passe rien quand il croit qu’il ne se passe rien. Comme si le théâtre et la danse seul ne lui suffisaient pas, ne comportant pas assez de danger, son créateur fera tout pour les sublimer. Le résultat est brillant et prometteur d’un bel avenir artistique.

Ses projets à ce jour ont bénéficié de résidences de création autant ici qu’à Berlin et à Paris. Il a participé à de nombreux festivals au Québec, comme Zone Homa, et a été reçu par des théâtres montréalais à la fine pointe comme l’Usine C et La Chapelle Scènes contemporaines.

Produit par la compagnie Théâtre du Baobab, il parle de son travail sur Une excellente trilogie sur la vie, échelonné sur trois ans, comme « d’un beau bordel » livré en se tenant sur la corde raide, pour que le spectateur toujours se pose des questions, même sans réponses. Tout a un sens pour Thomas Duret, il nous reste à le trouver.

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