Van der Graaf Generator
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Van der Graaf Generator – Do Not Disturb (***1/2) | Les vieux « proggeux » n’ont pas dit leur dernier mot!

Van der Graaf Generator - Do Not Disturb Van der Graaf Generator Do Not Disturb

C’est en mode introspectif que l’on retrouve l’auteur et chanteur Peter Hammill, 67 ans, sur le plus récent album de Van der Graaf Generator, intitulé Do Not Disturb. Avec ses deux comparses, Guy Evans et Hugh Banton, Hammill continue de faire évoluer le son de la formation légendaire tout en évoquant son passé dans des textes empreints de nostalgie.

Si l’album précédent du groupe, A Grounding in Numbers, voyait Van der Graaf Generator osciller davantage vers les compositions courtes et laisser les expérimentations musicales de côté, le trio de rock progressif, qui fait carrière depuis bientôt 50 ans, est revenu à un style musical qui se rapproche davantage de ses grands classiques (sans toutefois atteindre leur niveau d’excellence).

L’absence de David Jackson, qui a quitté le groupe en 2006, se fait toujours sentir, mais on sent une volonté sur Do Not Disturb d’élargir la palette sonore et de combler le vide qu’il a laissé. L’un des exemples de ceci est l’amusante (Oh No I Must Have Said) Yes, un morceau quelque peu agressif où la guitare électrique de Hammill a préséance sur tout, sauf au milieu de la chanson où un passage jazzé change la donne. La batterie de Guy Evans et la basse de Hugh Banton offrent leur soutien aux notes clairsemées de guitare et le tout aide à aérer la chanson, qui revient par la suite à son rythme de départ. Ce n’est pas tout à fait un solo de sax ou de flûte, mais c’est tout de même agréable.

Le disque entier est teinté principalement de nostalgie. Aloft, et ses divers changements de tempo, traite de regrets. La voix de Peter Hammill est encore capable de produire un effet puissant. Robert Fripp (de King Crimson) a déjà affirmé que Peter Hammill a fait pour la voix ce que Jimi Hendrix a fait pour la guitare. Et si le sexagénaire n’a plus tout à fait les cordes vocales du temps de Killer ou A Plague of Lighthouse Keepers, il en fait un usage impressionnant pour son âge. Il arrive toujours à provoquer une réaction, à émouvoir par moments et à évoquer, ici et là, le souvenir du jeune chanteur qu’il a déjà été.

Alfa Berlina est une pièce qui parle d’une tournée où la formation s’est retrouvée au sommet des palmarès en Italie, au tout début de sa carrière, les jeunes musiciens étant promenés d’un lieu à l’autre dans la voiture qui donne son nom à la chanson. La ballade, menée par l’orgue de Hugh Banton et le chant sincère de Hammill, se transforme à mi-chemin en quelque chose de plus sombre et dramatique, pour revenir ensuite à une finale touchante.

Forever Falling débute comme un morceau de rock n’ roll typique, guitare et batterie à l’avant-plan. Comme la plupart des chansons de l’album, la musique prend, à mi-chemin, une tournure complexe, pour revenir ensuite à son rock simpliste de départ. Un autre morceau amusant.

Brought to Book est une ballade sur laquelle Guy Evans joue des balais, où la guitare se fait très mélodieuse, et le piano délicat, jusqu’à ce que la dynamique change en cours de route et que Evans produise derrière sa batterie l’un de ses meilleurs passages de l’album, conjointement avec la basse de Banton, et que l’orgue de Hammill vienne résonner glorieusement. Un moment fort du disque.

L’orgue est aussi en vedette dans la finale excitante de Almost the Words, une fois de plus appuyée par l’excellent jeu d’Evans à la batterie.  Et la chanson qui clôt l’album, Go, est l’un des plus beaux moments de chant de la part de Hammill qui, avec son texte et ses émotions à fleur de peau, donne quelques frissons.

La plupart des chansons de Do Not Disturb dépassent les six minutes, et Van der Graaf Generator se permet plusieurs changements de styles au cours d’une même pièce. Le tout demeure toutefois très cohérent puisqu’une certaine mélancolie plane au-dessus de l’œuvre et rassemble donc, d’un point de vue thématique, les différents morceaux.

Les membres du groupe ont dit aux journalistes que ce 13e disque pourrait bien être le dernier, et si c’est le cas, Van der Graaf Generator pourra être fier d’avoir quitté la scène sur une si belle note.

Car sans révolutionner quoi que ce soit, sans écrire l’histoire ou redorer le blason du « prog » (de nombreuses jeunes formations s’y attèlent depuis quelques temps déjà, et le prog est encore bien vivant), Do Not Disturb démontre bien la maturité acquise par ces trois musiciens, qui se servent de leur vécu, de leurs émotions et de leur sagesse pour créer ici une œuvre émouvante, souvent déroutante (comme à leur habitude), et toujours imprévisible.

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