Vince Staples
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Vince Staples au MTELUS | En faire assez, sans plus

Avec ses chansons percutantes et son rap créatif, Vince Staples devait répondre à des attentes élevées jeudi soir au MTELUS de Montréal. Si le public a semblé avoir du plaisir, on ne peut s’empêcher de penser que le spectacle aurait pu être encore meilleur.


 

Le Californien est reconnu comme étant un gars assez sobre. Et dans tous les sens du terme : il a souvent parlé ouvertement en entrevue du fait qu’il ne consomme pas d’alcool ou de drogue. On pouvait aussi s’attendre à ce que son spectacle fasse preuve de sobriété.

Vince Staples était donc seul sur scène, habillé tout de noir devant un écran géant qui transmettait des images du spectacle. Pour faire écho au nom de sa tournée Smile You’re On Camera, ces images étaient présentées en noir et blanc, comme si elles étaient filmées par des caméras de sécurité.

Pendant quelques chansons plus douces à mi-parcours, l’écran s’est éteint, laissant le rappeur planté seul au milieu de la scène avec des jeux d’éclairage subtils. Au final, seule la pièce FUN aura eu droit à un peu de couleur avec des faisceaux lumineux jaune, cyan et magenta pendant le refrain.

La note de passage

C’est donc dire que sans danseur, musicien, DJ ou autres effets spéciaux, Vince Staples ne faisait confiance qu’à la force de ses chansons et de son talent pour gagner la foule. C’est un pari risqué, et rarement a-t-on eu l’impression que le rappeur se donnait vraiment la peine d’en donner plus à son public. Ses couplets étaient tous très bien exécutés, mais curieusement, il ne faisait pas grand-chose durant ses refrains. On peut comprendre qu’il laisse la trame jouer sur des pièces comme Rain Come Down ou Señorita où ce sont respectivement Ty Dolla Sign et Future qui signent la mélodie. C’est toutefois un peu paresseux de laisser sa propre voix préenregistrée faire presque tout le boulot dans d’autres chansons comme Party People ou Norf Norf.

Sa prestation a d’ailleurs mis du temps à se mettre en marche. L’énergie de la foule n’était pas tout à fait constante sur Feels Like Summer et semblait avoir baissé d’un cran pour Don’t Get Chipped. Il aura fallu attendre la troisième pièce Lift Me Up avant de voir les spectateurs montrer de quoi ils sont capables. Il s’agit là sûrement d’un signe que le dernier projet FM n’a pas été tout à fait absorbé par le public.

En fait, Vince ne faisait pas grand-chose pour aller chercher la foule. Ses interventions étaient brèves et ne laissaient pas entrevoir beaucoup de personnalité. Le seul moment où il a semblé hors de sa zone de confort était pendant son hit Big Fish, quand le rappeur Buddy est sorti du côté de la scène pour montrer ses meilleurs pas de danse. Vince Staples a éclaté de rire au point de rater quelques lignes de son couplet : personne ne lui en voudra pour ça.

Au final, on aurait aimé un peu plus de surprises, de personnalité, de hargne, de dents. Vince Staples est un rappeur talentueux mais hier soir, il semblait un peu trop sur le pilote automatique pour donner un concert vraiment mémorable.

À la fin de sa performance sans rappel, l’Américain est parti en laissant les spectateurs sur une vidéo d’une prestation de Mac Miller. La vidéo, tournée dans la série Tiny Desk Concert de NPR, avait été publiée un mois avant son décès. À défaut d’emmener le public vers des émotions intenses pendant sa prestation, Vince Staples aura au moins réussi à poser un geste touchant pour finir le spectacle.

Buddy était prêt

Peut-être que le passage sur scène de Vince Staples n’a semblé que correct parce que Buddy a mis le feu aux poudres avant lui. Le rappeur de 25 ans est arrivé sur scène habillé d’un pull et de larges pantalons coordonnés bleu pastel et a commencé son segment avec flamboyance. Il n’a semblé s’écouler qu’un dixième de seconde entre le moment où il est entré sur scène et le moment où le public était prisonnier de son emprise.

Non seulement a-t-il offert des chansons achevées et entraînantes, il a su le faire avec énergie, au point de finir le spectacle torse nu. Buddy semblait contrôler chaque membre du public comme un marionnettiste d’expérience. La foule sautait, dansait, faisait aller ses mains, éclairait la salle de ses briquets et téléphones et organisait quelques moshpits. Avec la confiance et le panache d’un artiste de pointe, parions que Buddy a su gagner de nombreux nouveaux fans avec sa performance.

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