Jack White
Critique Publié le

Vivre l’instant d’un concert sans téléphone avec Jack White

Samedi dernier à la Place Bell, Jack White et son équipe ont refusé nos demandes d’accréditation ainsi que celles de nombreux médias pour décrire en mots et en images ce spectacle et celui de ce soir à Québec. Qu’à cela ne tienne, Victor Perrin s’est tout de même faufilé dans l’antre du Rocket de Laval pour relater non pas le concert, mais la privation de téléphone exigée par l’organisateur. Retour sur cette expérience spéciale…

Aujourd’hui, il est devenu inévitable que s’allument des écrans et derrière la jurisprudence « Mac Demarco au Métropolis », le gênant souvenir d’une jeunesse dorée davantage attirée par les stories que la performance du Canadien hante encore les murs de la salle. Autant dire que ce sont des milliers de fichiers qui sont instantanément partagés sur les réseaux sociaux. Mais quid de l’instant présent ? Vivre un spectacle sans cellulaire, c’est pourtant encore possible, et qui d’autre que Jack White pour proposer ça…

La société Yondr derrière le partenariat

Quoi qu’il en soit, jamais un artiste n’aura été observé aussi passionnément, et avec si peu d’obstacles à la Place Bell. Il faut dire que Jack White avait étonné ses fans en annonçant que les dates de sa tournée Boarding House Reach, faisant escale à Laval (10 novembre) et Québec (12 novembre), seraient vierges de captation numérique. Et lorsque l’on connaît le processus analogique qui accompagne l’enregistrement d’albums du natif de Détroit, il n’est pas étonnant que le multi-instrumentiste soit derrière une expérience aussi surprenante.

Il était annoncé d’avance qu’aucun appareil photo ni appareil d’enregistrement ne seraient autorisés dans la salle. Dans le fond, le processus propulsé par la société américaine Yondr, productrice d’étuis pour téléphones mobiles, fût simple. En fait, le spectateur arrive à l’entrée de la salle où un portier met à disposition une pochette verte proportionnelle à la taille du téléphone qui s’insère avant d’être scellé jusqu’à la fin du concert. L’objet peut être débloqué seulement dans des zones spéciales des coursives pour pouvoir être utilisé. Contraignant certes, mais ingénieux à l’heure de la sur-consommation des écrans.

Fait original, dans les rangs de la file s’inscrivent sur un papier le coordonnées du siège. Car oui, sans notre désormais second cerveau (parfois devenu premier), difficile pour certains de se souvenir d’un chiffre ou d’une lettre. Alors de là à ce souvenir de la totalité d’un spectacle sans son téléphone, il n’y a qu’un pas à franchir.

Vivre l’instant à fond

Scellés, les téléphones n’existent plus passés les portiques. En fait, il est inhabituel d’observer des rendez-vous prévus à l’avance devant les toilettes, des sourires partagés sans être dérangé par une notification ou simplement des discussions endiablées à travers les coursives. Exit les écrans et arrivé dans la salle, le constat est sans appel: rien ne laisse paraître que durant les performances de Crown Lands puis Jack White, des lumières scintillantes surgiront de partout pour perturber nos rétines. À l’exception d’un fraudeur faisant vraiment tâche au milieu de cette marée humaine assombrie, les spectateurs vivront une expérience pleine qui paraît sur leurs visages.

Les sens sont ainsi en éveil et les perturbations d’aujourd’hui se retrouvent enfouies dans les méandres de lointains souvenirs d’évènements vécus exclusivement par les tympans et les globes oculaires. Car oui, dès que la calme You’ve Got Her In Your Pocket de The White Stripes fût interprétée, ce sont des briquets qui sortirent des poches en remplacement des spots lumineux de cellulaires. Chacun observe à temps plein les musiciens qui accompagnent Jack White, façonnant aussi des milliers de visages enthousiastes aucunement dérangés par des enregistrements sauvages (et de mauvaise qualité) polluant les bonds du refrain de Steady, As She Goes ou les chants unis du puissant riff de Seven Nation Army.

Après deux heures de rock ébouriffant, la question se pose donc: sommes-nous obligés d’être privés de nos téléphones pour profiter pleinement d’un concert? La réponse ce soir pour le second spectacle de Jack White au Québec au Centre Vidéotron de Québec !


En attendant, petite explication du processus pour être fin prêt:

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