Weezer
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Weezer au Centre Bell | L’éternelle revanche des nerds

« Revenge of the Nerds ». C’est l’expression la plus souvent utilisée pour titrer un article sur Weezer. Parce que Rivers Cuomo ressemble au personnage du film éponyme, certes, mais aussi en raison de la posture de faiblards intellos de tout le groupe, cette bande de « tronches » incomprise qui se fait toujours malmener par les méchants médias cool. Mais Weezer finit toujours par s’en sortir avec le gros de la gloire. Pour ceux qui en doutent, fallait être au Centre Bell pour le constater.

La métaphore prend carrément forme dans la mise en scène du spectacle que Weezer a présenté devant 9000 fans en délire jeudi soir. La scénographie a quelque chose de biographique : d’abord un large rideau avec un décor de sous-sol vintage imprimé dessus sert d’arrière-plan, le tout orné d’un W de taille moyenne en néon. Plus tard, on passera au garage, toujours avec un rideau imprimé pour décor et un W un peu plus gros, avec des lumières de Noel posées tout croche à l’intérieur de la grosse lettre. Et pour la dernière demi-heure, Weezer sera carrément en mode show d’aréna, avec tous les clichés du gros concert rock qui s’imposent, poussant la blague jusqu’à installer des canons à feu sur l’IMMENSE W suspendu au-dessus de la scène. Ça avait l’air d’un show de Kiss (sans sexagénaires maquillés en chat). 

Weezer a beau avoir lancé plusieurs mauvais albums depuis le milieu des années 2000, ils sont toujours là, et attirent toujours près de 10 000 fans par spectacle, ce que très peu de groupes indie-branchés-next-big-thing ont réussi à faire. Ils sont nombreux à avoir récolté des 9/10 sur Pitchfork et à maintenir de peine et de misère des carrières plutôt discrètes aujourd’hui. Pendant ce temps, Weezer est encore une tête d’affiche adulée.

En ce sens, c’est vraiment la revanche des nerds. Il fallait voir les deux douches dans la rangée devant nous : sans doute des anciens jocks des années 1990 en pleine midlife crisis qui vénèrent désormais le téteux aux barniques qui est devenu une rockstar. C’est le monde à l’envers. Il fallait aussi voir la variété d’âges des spectateurs : certains étaient ados lors de la sortie du Blue Album, mais d’autres ont découvert My Name Is Jonas ou Say It Ain’t So sur Guitar Hero, ou navigué vers une île du jeu Fortnite pour découvrir leur dernier album avant tout le monde.

 

Greatest Hits

Comme s’ils savaient très bien qu’on en a rien à foutre de leur 5 ou 6 derniers albums (quelqu’un tient le compte?), Weezer a joué une seule chanson de leur Black Album flambant neuf (Living in L.A.). Tout le reste, touuuuut le reste, était des hits des belles années. À commencer par une version cabotine de type Barbershop Quartet de Buddy Holly, comme ils l’avaient fait au show de Jimmy Fallon.

Suivirent My Name Is Jonas(If You’re Wondering If I Want You To) I Want You To, Island in the Sun, Undone – The Sweater Song, El Scorcho, Pork and Beans, le tout entrecoupé de reprises de hits hyper connus, des incontournables de karaoké. Parce que, comme si Weezer n’avait pas assez de hits, ils ont décidé d’endisquer un album de reprises (nommé le Teal Album). Presque tous les médias l’ont critiqué comme si c’était supposé être un potentiel chef d’oeuvre. Ils n’ont pas compris que ça nous permet juste d’entendre la mythique Africa sans avoir à se taper un show entier de Toto. Merci Weezer!

Au milieu du set, Rivers va même naviguer sur un genre de bateau artisanal lui permettant de se rendre au fond du parterre pour aller jouer deux chansons acoustiques aux gens à l’arrière : Surf Wax America et Stand By Me. À en juger par la réaction de la foule, on se dit : pourquoi pas.

Ils en ont bavé, Cuomo et sa bande. Ils ont essuyé les critiques acerbes (souvent justifiées). Mais à mesure que leurs albums devenaient merdiques, Weezer ont affiné leur présence de scène, et se sont développé une solide réputation de band de party, sans aucun complexe tant que le fun est là.

Au bout d’une heure et demie de grosses chansons mur à mur, y compris Say It Ain’t So et Hash Pipe en conclusion, et un rappel marqué par un medley de Happy Together de The Turtles et Longview de Green Day, suivi d’une version complète de Buddy Holly, Weezer a une fois de plus prouvé son point.  Au final, s’ils sont patients, les nerds finissent toujours par gagner.

Pixies

Tout juste avant Weezer, les Pixies ont été les Pixies. C’est-à-dire féroces mais vieillisants.

Les puristes vous le diront : sans Kim Deal, c’est pas pareil. Chapeau quand même à Paz Lenchantin, qui remplit bien le mandat de bassiste / choriste. Il faut dire qu’elle n’est pas née de la dernière pluie : elle a co-fondé A Perfect Circle et Zwan, un projet de Billy Corgan qui a fait long feu.

C’est tout de même toujours plaisant d’entendre les classiques DebaserThis Monkey’s Gone To Heaven, Gouge Away, Cactus et bien sur, Where Is My Mind?, le moment fort, sans surprise, de leur prestation. On se demande un peu pourquoi ils ont décidé de ne pas conclure avec celle-ci au lieu d’une reprise couci-couça de Winterlong de Neil Young, mais bon, on ne peut pas tout avoir.

 

Photos en vrac


Grilles de chansons

  1. Buddy Holly (version barbershop quartet)
  2. My Name Is Jonas
  3. (If You’re Wondering If I Want You To) I Want You To
  4. Africa (reprise de Toto)
  5. Island in the Sun
  6. Undone – The Sweater Song
  7. No Other One
  8. El Scorcho
  9. Pork and Beans
  10. In The Garage
  11. Living in L.A.
  12. Surf Wax America (version acoustique)
  13. Stand by Me (version acoustique)
  14. Beverly Hills
  15. Perfect Situation
  16. Take On Me (reprise de A-ha)
  17. Say It Ain’t So
  18. Hash Pipe

Rappel

Medley de Happy Together (des Turtles) et Long View (de Green Day)
Buddy Holly (version électrique)

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