Peggy Baker Dance Projects
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Who we are in the dark au Théâtre Maisonneuve | Peggy Baker confronte son public à ses émotions

« Who we are in the dark » est le travail le plus récent de la danseuse et chorégraphe canadienne Peggy Baker. Fruit d’une symbiose entre arts visuels, danse et musique, cette œuvre multidisciplinaire explore les émotions associées à l’obscurité. Les 7 danseurs et 2 musiciens occupent le théâtre Maisonneuve du 27 février au 2 mars.

La réputation de la canadienne Peggy Baker n’est plus à faire. Médaillée du Prix du Gouverneur Général pour l’ensemble de ses réalisations, la danseuse qui a partagé la scène avec Mikhail Baryshnikov pendant plus d’un an est aussi membre de l’Ordre du Canada et de l’Ontario. Pour cette nouvelle œuvre, qui est aussi celle de plus grande ampleur créée par l’artiste, Peggy Baker s’est accompagnée de son plus récent coup de cœur collaboratif, la violoniste Sarah Neufeld (Arcade Fire). Elle s’est aussi entourée du batteur Jeremy Gara (Arcade Fire) et expose, pour la première fois, les œuvres d’arts du défunt John Heward et de projections de Jeremy Mimnagh.

Une invitation de la musique Indie Rock sur scène

Habituée à travailler sur des musiques contemporaines ou classiques, Peggy Baker était à la recherche de nouveauté. Son nouvel angle de travail s’est matérialisé en la personne de Sarah Neufeld, violoniste du groupe montréalais Arcade Fire. À la suite de cette rencontre est d’abord née la pièce courte Fractured Black (2015). Peggy Baker, dont le processus créatif est avant tout basé sur l’usage de mots comme véhicule de son processus créatif, est alors profondément marquée par une phrase du prologue de Fractured Black rédigé par la violoniste : Who we are in the dark. Cette phrase sera l’étincelle qui amorcera le processus créatif de trois ans et demi qui donna naissance à la pièce en représentation cette fin février. Le spectacle prenant de l’ampleur, Sarah Neufeld choisira de s’accompagner du percussionniste Jeremy Gara afin de créer la trame musicale originale de la pièce.

Photo par Jeremy Mimnagh

 

Plongée au cœur de nos émotions

Who we are in the dark, pousse à la remise en question. Qui sommes-nous donc dans l’obscurité, seuls, face non plus aux autres mais à nous-mêmes et à nos émotions. Peggy Baker explique en début de spectacle que lors de la création, réalisée en plusieurs sessions intenses réparties sur quelques années, elle amène aux danseurs les mots qui l’inspirent, extraits de textes poétiques ou psychologiques. Les 7 danseurs collaborent avec elle dans la mise en place du mouvement. Alors que certains associent l’obscurité à de la lourdeur ou de l’immobilisme, les mouvements seront fluides, rapides, parfois frénétiques. La chorégraphe explique que dans l’obscurité, elle voit aussi l’univers en mouvement, une métaphore qui illustre bien le chaos savamment orchestré sur scène.

Photo par Jeremy Mimnagh

De façon organique, musique et danse ont ainsi été créés sur base de la thématique du noir, de l’ombre. Sarah Neufeld, accompagnée de Jeremy Gara, lui aussi membre du groupe indie rock Arcade Fire, viendra superposer une trame musicale en accord avec la chorégraphie. Initialement juchée avec son batteur sur une estrade sur le côté gauche de la scène, la violoniste se mêlera aussi aux danseurs, les accompagnant tant musicalement que physiquement. Les danseurs et les musiciens agissent tel un canevas, un support à l’art qui suscitera une émotion dans le public.

Puisant dans leurs propres histoires, ils interprètent les mots et métaphores suggérés par la chorégraphe. À la musicale dansée viendront s’ajouter des toiles enduites de pigment noir et des projections de lumière. Un peu comme une exposition au musée, Who we are in the dark a pour objectif de faire réagir le public. À l’inverse de certaines oeuvres politiques au message précis, le but ici est de susciter chez le spectateur un éventail d’émotions diverses. Certains y associeront le deuil, le néant, la solitude, d’autres y verront l’univers ou tel que le mentionne Baker, une tempête sur une surface d’eau noire.

Photo par Jeremy Mimnagh

Peggy Baker le soulignera dans sa discussion avec le public ce mercredi soir, la pièce est abstraite. Succession de tableaux a priori déconnectés, elle mélange solo de batterie, duos sur violon, projections lumineuses et mouvements d’ensemble. Son désir n’est pas d’y apporter une trame narrative mais de pousser l’exploration des émotions.

Si Who we are in the dark possède de très beaux moments, les transitions entre différents tableaux ont parfois manqué de fluidité. Là où certains spectateurs mentionnaient s’être senti complètement submergés, d’autres se surprenaient parfois à simplement attendre le prochain tableau, déconnectant alors avec le spectacle lui-même. Le Théâtre Maisonneuve est une très grande salle, il serait intéressant d’assister au spectacle dans une salle un peu plus petite qui favoriserait la proximité et la connexion continue entre public et artistes.

 

Who we are in the dark est à la Place des Arts jusqu’au samedi 2 mars.

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