Festival Wings of Metal
Entrevue Publié le

Wings Of Metal 2017 | Rencontre avec Annick Giroux : L’expérience unique et ultime !

Avec des billets qui se sont arrachés en deux heures après la mise en vente, l’édition finale du festival Wings Of Metal – du 7 au 9 septembre prochains aux Katacombes — fait sensation dans le monde du metal underground. Nous sommes allés rencontrer la prêtresse de l’ombre qui tire les ficelles, Annick Giroux.

Rentrer dans le salon d’Annick, c’est un peu comme rentrer dans une caverne d’Ali-Baba version heavy metal, ou ce genre de petits magasins de disques comme il n’en existe plus. On y trouve d’impressionnantes collections de cassettes, CD et vinyles, incluant une méchante sélection Voivodienne, un bac de vinyles exclusivement québécois, et des centaines d’albums, allant des classiques NWOBHM aux plus obscures sphères du black metal sud-américain. « Et encore, on se débarrasse de ce qu’on écoute plus », confie François, guitariste de Cauchemar, et mari d’Annick. Les murs sont ornés d’affiches de concerts, d’art macabre mais raffiné, avec notamment le fameux pressage du poster de Watain imprimé dans un mélange d’encre et de sang. Sans oublier la serviette de bain Judas Priest, détail non-négligeable.

WOM-Montreal-2017-2

La bière Wings Of Metal du Trou du Diable

En ce chaud après-midi, c’est l’occasion parfaite pour s’en boire une fraîche. Quel festival underground peut se targuer d’avoir sa propre bière? « J’avais vu ça il y a quelques années dans un dépanneur, ça m’avait marqué. J’ai contacté le Trou du Diable, ils ont accepté de faire une édition spéciale. » C’est donc 1500 bouteilles de La Morsure qui sont sorties avec l’étiquette Wings Of Metal. Une série limitée que l’on pourra trouver aux Katacombes, qui en ont aussi acheté plusieurs futs. « C’est un très bon soutien financier pour le festival, ca nous permet par exemple de faire de vrais bracelets en tissu (comme les gros festivals), un souvenir que les fans demandent souvent. Et puis ça m’a permis d’offrir aux groupes de meilleures conditions. » Grâce à la bière. Chapeau à la célèbre Micro-Brasserie de soutenir la scène métal.

WOM-Montreal-2017-1

Genèse et inspiration du festival

En 2010, Annick était déjà derrière le mini-festival Montreal is Doomed, qui avait notamment présenté le premier concert de Pagan Altar en Amérique du Nord. Mais c’est en voyageant que l’idée du Wings Of Metal se développe. En 2012, elle réalise un tour du monde, passant plusieurs mois en Asie, en Amérique du Sud, et en Europe. « J’ai pu absorber des cultures différentes à travers les concerts métal. » Elle goûte aussi à ses premiers vrais festivals européens comme le Hellfest, le Keep It True mais surtout le Hell’s Pleasure en Allemagne, dont l’organisatrice fera même le déplacement cette année. « Il m’a tellement marquée ce festival : un mélange de groupes heavy metal et extrême, avec des groupes underground qui percent, qui ont du potentiel, mais aussi des classiques. J’aimais vraiment le concept. Je me suis dit : Ok, c’est ce que je veux faire à Montréal. »

Une autre idée beaucoup plus personnelle derrière le festival :

« Je voulais aussi me faire plaisir avant tout en ramenant à Montréal des groupes que je n’avais jamais vus, ou qui n’étaient jamais venus au Canada, mais sans avoir à me déplacer! »

C’est ainsi que, à travers la vision d’Annick, la première édition voit le jour en 2013, couronnée de réussite.

Force et succès de l’underground

Intéressant de constater que des festivals grand public comme le Heavy MTL sont sur le déclin, et que des groupes sur des gros labels, ou même plus commerciaux, peinent à remplir des salles alors que le Wings Of Metal a affiché complet en deux heures et demie. « Les pass weekend se sont arrachés en deux minutes! »

Certes on parle d’échelles différentes, mais quand on regarde proportionnellement par rapport aux publics concernés, ça reste un énorme succès. Dû en partie à la formule d’Annick : des groupes cultes jamais venus, des groupes classiques, et des surprises, des groupes inattendus. « C’est pas juste un concert, c’est un évènement. T’as juste une seule chance de voir tous ces groupes en même temps à cet endroit, dans cette ambiance. »

Mais cette année un autre facteur joue : en matière de classiques, la barre est placée assez haut avec les légendes anglaises Diamond Head, mais surtout un coup sur lequel Annick travaille depuis des années : Voivod. Ces derniers jouaient récemment devant 100 000 personnes au Festival d’été de Québec, et vont se produire cette fois-ci dans une salle de 325 personnes. Mais juste des passionnés qui connaissent chaque chanson ou presque.

« C’est aussi une façon de rejoindre les fans : oui ils ont ouvert pour Metallica, mais les vrais de vrais fans de Voivod, ils vont être aux Katacombes. »

Voivod au FEQ cet été. Photo par Eliott Garn.

Voivod au FEQ cet été. Photo par Eliott Garn.

Voivod seront donc aux côtés de noms plus obscurs comme Slaughtbbath, ou des Américains au doux nom de Slutvomit. « J’ai rigolé en remplissant les papiers pour l’immigration, j’imagine la tête des douaniers en lisant leur nom! »

En vérité, Annick s’en veut presque d’avoir annoncé les têtes d’affiches avant la mise en vente des billets. « J’ai peur que certaines personnes viennent juste pour les headliners, et je sais que plusieurs habitués étaient déçus de ne pas avoir de billets. Je me sentais tellement mal! Heureusement, beaucoup ont pu s’arranger et en trouver avec des gens qui ne pouvaient plus y aller . »

 

Préserver l’ambiance et garder la folie

wings-of-metal-posterDes fans ultimes, dans une ambiance unique, sur une petite scène où les groupes sont dans ta face. « L’année dernière pendant Razor, les gens ont viré fou, les gars du groupe se sentaient transportés en 1985». C’est là toute la magie du Wings Of Metal, et ce qui en fait un festival à l’ambiance unique, avec cette fameuse touche old school difficile à retrouver de nos jours. « C’est pour ça que j’ai toujours refusé de le faire dans une salle plus grande, pour garder ça intimiste. »

Parce que soyons honnêtes, avec les gros noms de cette année, et les nombreux fidèles qui viennent déjà chaque année, le festival aurait pu facilement remplir une plus grande salle que les Katacombes. Mais ce ne serait plus dans la vision d’Annick. « Je veux que les gens aient la meilleure expérience possible. »

C’est vrai que le Club Soda, c’est un peu froid, ça revient cher en bière, il n’y pas de terrasse pour aller fumer, et il n’y a pas une colonne de crânes au milieu de la pièce. En parlant de crânes, il faut savoir que le chanteur du groupe chilien Slaughtbbath, qui a dessiné le démon sur l’affiche du festival, possède apparemment une belle collection de crânes humains, lesquels lui sont fournis par un ami dont l’occupation est de déterrer des squelettes dans des cimetières pour trouver des dents en or. Il n’y a pas de sots métiers.

 

Un public de passionnés, pour le plaisir des groupes

Australie, Texas, Chili, Dubaï, Japon, Guyane, Vancouver, Belgique, Allemagne, France: la liste des lieux de provenance des festivaliers est impressionnante. « C’est aussi un plaisir pour les groupes qui jouent d’avoir un public si varié, presque exotique dans un sens! » Et il y a aussi, malgré la différence des genres musicaux, une certaine continuité dans les groupes. « Je sais que les gars de Communion sont des fans de Sacrifice, les gars de Varathon des fous de Voivod aussi. »

Et Annick n’hésite pas à pousser l’expérience encore plus loin. « Une année, j’ai envoyé un ami qui a un corbillard pour ramasser les gars de Bölzer à l’aéroport! » Bref, la ligne directrice du début à la fin, du plaisir à l’état pur pour les groupes et le public. Alors pourquoi arrêter?

La dernière édition du Wings of Metal

Jamais à cours de projets, Annick a lancé cette année le label Temple Of Mystery. Avec notamment la récente sortie du nouveau Pagan Altar, album posthume de Terry Jones.  « Le label me prend beaucoup de temps, c’est beaucoup de travail ».  Avec en plus un emploi de graphiste à son compte et un déménagement hors de Montréal, la gestion du festival devient difficile. Et une dernière raison étonnante : « Je pense que j’ai vu presque tous les groupes que je voulais voir! Je ne saurai plus quels groupes booker! » Quand même un accomplissement remarquable.

Mais Annick finit par nous confier des rumeurs intéressantes quant au passage du flambeau. « Je sais qu’il y a plusieurs gens qui veulent prendre la suite. Ca ne s’appellera pas Wings Of Metal, mais ça sera dans le même esprit. » Affaire à suivre donc, pour un festival dans le même genre qui prendra la relève!

Vos commentaires