Gilbert Rozon
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Zoofest 2015 | Retour sur Gilbert Rozon, le Gala des Refusés, Kyan Khojandi

Soirée butinage du côté du Zoofest, alors que nous avons pu assister à l’unique représentation du spectacle de Gilbert Rozon, ainsi qu’au Gala des refusés et au one-man show de Kyan Khojandi.


 

Gilbert Rozon

Pour un soir seulement, le grand boss de Juste pour rire se commettait. À la demande de Patrick Rozon – nouveau directeur général du Zoofest dont le mandat est de repousser les limites et de penser en dehors de la proverbiale boîte – Gilbert Rozon a accepté de jouer le jeu et de présenter un one-man show de 75 minutes entièrement de son crû.

C’était certainement l’événement le plus convoité de tout le Zoofest cette année, en raison de la notoriété du personnage, et du contre-emploi. La foule réunie à l’Agora du Coeur des sciences de l’UQAM n’était pas exactement typique du Zoofest. On y retrouvait un public plus âgé, notamment plusieurs vedettes, journalistes et amis du principal intéressé. Cela ajoutait à l’ambiance de party de cuisine, avec tonton Gilbert qui raconte des histoires drôlettes pour les convives, qui riaient et l’applaudissaient de bon coeur, parfois parce que c’est drôle, souvent par sympathie.

Il avait mis la barre basse ces dernières semaines en jouant le gars qui s’est mis les pieds dans les plats en acceptant. Ceux et celles qui s’attendaient à une leçon d’humilité, à un flop plein d’autodérision, ne l’auront finalement pas obtenu. Bon communicateur, Gilbert Rozon a su éviter les pièges de l’échec en optant pour une formule davantage conférencier/motivateur qu’humoriste. Pas de « une ligne / un punch », mais plutôt une série d’anecdotes personnelles, retraçant le chemin inusité qui l’a mené à sa grande passion, sa raison de vivre : Juste pour rire.

De son enfance dans une famille de 7 enfants à Saint-André-d’Argenteuil jusqu’à ses multiples premiers emplois peu glorieux – dont fossoyeur, ce qui lui a permis d’explorer pour un moment l’humour noir, ainsi que livreur de la Presse, et plein d’autres métiers, c’est tout juste s’il n’a pas été payé à réparer les fissures des fondations d’une maison – Gilbert Rozon racontait avec aise ses grandes rencontres, ses bons coups et ses échecs, notamment ce glorieux moment où il produisait, au début des années 1980, le grand retour de Charles Trenet au Québec.

Avant de quitter, Rozon a notamment confié que la voix du petit bonhomme vert qui crie « Maman, c’est finiiiii! » à la fin des émissions de télé, c’est bel et bien la sienne… puisque Jean-Guy Moreau ne trouvait pas le bon ton en studio.

En somme, défi plutôt bien relevé pour cette curieuse expérience.

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Les Gala des Refusés

Faire un Gala Juste pour rire, c’est comme manger à la table des grands. Mais le party est à la table des enfants ce soir !

En lançant cette phrase, l’animateur Jérémy du Temple résumait bien le concept du Gala des refusés. Six humoristes de la relève qui avaient présenté des numéros en espérant être sélectionnés pour l’un des galas JPR ne l’ont pas été. Zoofest étant Zoofest, ils se sont réunis dans un show de 60 minutes afin de présenter ces numéros mis de côté par la grande ligue dans un contexte un peu moins glorieux, mais certes plus intime.

Jérémy du Temple s’est d’abord moqué de la formule des thématiques exploitée par Juste pour rire ces dernières années. « Personne rit en thème ! Personne ne se dit : ‘Ah moi, ce qui me fait rire, c’est … la paresse! »  Bon numéro d’introduction, question de mettre la table pour les invités.

Mehdi Bousaidan ouvrait la marche avec son bagout maintenant réputé. On se demande bien pourquoi le Grand Gala n’en voulait pas. Son numéro sur les spectacles d’humour qu’il a dû donner dans des prisons ne manquait certainement pas de fini.

Guillaume Pineault, lui, semble un peu plus vert, mais tout de même très punché avec ses interventions sur l’alcool et la sobriété.

David Beaucage est pour sa part l’une des plus belles découvertes de ce gala, avec sa bouille expressive, ses gags bien réfléchis et ses imitations cabotines. Tout un personnage.

Le verbomoteur Sam Breton a beaucoup de personnalité et d’aplomb, mais gagnerait à travailler ses textes un peu plus.

Alexandre Bisaillon s’est amusé à prétendre qu’il était bel et bien à la Place des Arts. Potteux notoire, il a notamment déridé le parterre en suggérant que Jésus était finalement un stoner et que Judas aurait été le premier à l’inciter à essayer un joint.

Didier Lambert fermait la marche avec son humour auto-dépréciatif. Sa réflexion sur le contrôle des armes à feu chez nos voisins américains va dans le sens de l’opinion publique québécoise, mais il le transpose plutôt comiquement en mise en situation loufoque.

Avec l’immobilisme et l’ennui général qui règne dans les galas Juste pour rire, on se demande bien pourquoi ces six-là ont été écartés au profit de certains humoristes établis sur le pilote automatique. Il faut croire qu’en créant Zoofest, Juste pour rire n’a plus tellement à se soucier de l’audace…

Photo par MAM

David Beaucage lors du Gala des refusés. Photo par Marc-André Mongrain

Kyan Khojandi

Petit détour du côté de l’Espace Zoofest pour aller voir Kyan Khojandi, alias « le mec de Bref. », qui présentait un court mais sympathique one-man show de 45 minutes environ.

Sa série culte, « Bref. », l’a rendu célèbre en France, mais un peu partout dans la francophonie également. Si bien que Louis Morissette l’évoquait lors d’un Bye Bye en empruntant la formule lors d’un sketch.

C’est bien beau les capsules, mais qu’en est-il de l’humoriste sur scène ?  Calme, décontracté, confiant, Kyan fait preuve de sensibilité et d’un sens inné du punch. Il est charmant, bon conteur, maîtrise différents tons, navigue dans les dynamiques avec aise et élégance.

Son spectacle s’intitule Pulsions, et il en est question. Notamment de masturbation, avec une franchise surprenante, mais aussi de manger, de bouger. Il dénote d’ailleurs un truc qui lui a permis de perdre du poids : retourner à l’esprit de l’enfance, époque à laquelle « on agit comme des défoncés tout le temps ».

Kyan Khojandi est précisément le genre d’humoriste français que les Québécois seraient susceptibles d’adopter, à l’instar d’un Gad Elmaleh. Parce qu’il est gentil, chaleureux, décontracté et vif d’esprit. Il fait aussi preuve d’une belle humilité et d’un amour évident de Montréal.

Bref. On risque de le revoir souvent par ici, celui-là.

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