Concours musical international de Montréal
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CMIM 2017 | Dernière soirée de finale et résultats

Dernière soirée de finale et annonce des résultats du Concours musical international de Montréal. Retour sur la performance des pianistes sur trois grands concertos, accompagnés ce soir encore par l’OSM et le chef invité Claus Peter Flor.

Yejin Noh

Puisqu’elle était la première à pouvoir choisir sa position dans le passage pour la finale, grâce au tirage au sort, la Coréenne Yejin Noh ouvre la soirée avec le Concerto n°1 en si bémol mineur, op. 23 de Tchaïkovski. Même enjeux qu’hier soir, les pianistes doivent s’adapter à l’orchestre qu’ils ne connaissent pas, bien que l’on se serait attendu à ce que ce soit davantage l’orchestre qui s’adapte au pianiste.

Yejin Noh fait toutefois preuve de beaucoup de flexibilité en suivant attentivement le chef et en s’ajustant à l’orchestre. Le 1er mouvement permet de démontrer à la fois ses qualités de soliste avec un son très présent et un caractère bien affirmé, et son rôle d’accompagnatrice en se fondant dans les couleurs orchestrales, parfois même de façon excessive. On constate à plusieurs reprises un dialogue entre la pianiste et l’orchestre presque incohérent dans l’énergie et les dynamiques, en particulier dans le second mouvement où l’on perd toute stabilité rythmique lors du solo de hautbois et de violoncelle… Dans le 3ème mouvement, on sent que la pianiste se contrôle énormément pour correspondre au tempo de l’orchestre, apparaissant pour elle comme un frein. Toutefois, elle semble s’adapter assez facilement à la personnalité de l’orchestre et fait de nouveau preuve de détermination dans son jeu, avec cependant un ton hésitant mais parfaitement maîtrisé dans la cadence.

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Jinhyung Park

Le Coréen Jinhyung Park lui succède en présentant le Concerto n°2 en do mineur, op. 18 de Rachmaninov, avec une ouverture majestueuse, grâce au crescendo initial parfaitement mené.

Si la candidate précédente manifestait beaucoup d’efforts pour se coordonner avec l’orchestre, quitte à restreindre ses libertés d’interprétation, Jinhyung Park semble quant à lui se concentrer davantage sur son propre univers. On apprécie beaucoup la douceur de son toucher, mais il apparaît parfois trop discret face à la masse orchestrale, surtout dans le 1er mouvement. Le soliste prend en effet beaucoup de risques dans son interprétation et particulièrement dans le 2ème mouvement, en jouant très en profondeur du temps et avec beaucoup de volupté, mais l’orchestre ne semble pas très à l’écoute…

Jinhyung Park parvient toutefois à s’exprimer tout à fait librement lors de la cadence qu’il débute après une belle respiration. Celle-ci s’avère très aérée malgré la descente finale quelque peu précipitée. Le 3ème mouvement permet de rendre compte une nouvelle fois des grandes qualités techniques du pianiste, mais on découvre un orchestre très pesant, contrastant ainsi avec la finesse du soliste.

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Stefano Andreatta

Stefano Andreatta conclue le concours sur le 2ème concerto en La majeur, S 125 de Liszt. Son interprétation est sans défauts, à la fois expressive et construite. On peut lui reprocher quelques sonorités un peu dures pour se faire entendre de l’orchestre et des cuivres. Mais le pianiste est très à l’écoute du chef d’orchestre, c’est d’ailleurs sans doute celui qui s’adapte le plus, quitte à rajouter parfois quelques demi-temps de silence à la fin de ses arpèges pour laisser le temps à l’orchestre d’arriver. L’interprétation du Liszt s’est faite d’une traite, avec la même intonation sensible et émotive tout du long. On regrette un peu qu’il nous ait dévoilé dès le début du premier mouvement toute la palette d’expressions dont il est capable, car si cela a donné au premier mouvement un ton très riche, les trois autres ont parfois manqué de renouveau. Mais on ne peut qu’apprécier la délicatesse de sa performance et son adaptation à toute épreuve.

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Verdict

Après une pause d’une vingtaine de minutes seulement, les résultats des trois premiers du concours ont été annoncés :

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C’est donc la solidité de son Bartok qui a permis au Hongrois de remporter un prix justifié, à l’instar des 2ème et 3ème prix de cette finale. On soulignera cependant, en guise de conclusion, le probable souci d’organisation pour les répétitions et l’orchestre lorsqu’il s’agit d’apprendre sur le tas cinq concertos dans les quarante-huit heures qui séparent l’annonce des finalistes du premier concert, avec un chef invité. Il ne fait aucun doute que musiciens et pianistes ont manqué de temps pour s’accorder, autant sur les tempos que sur la musicalité, avant leur entrée en scène. Quel dommage.

Tous les prix, incluant les prix spéciaux et le prix du public, seront remis vendredi soir lors du Gala du Concours musical international de Montréal, où de nombreux invités joueront en compagnie de l’OSM. Le gagnant du concours rejouera également son concerto.

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