Pierre Lapointe
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Critique | Pierre Lapointe au Théâtre Maisonneuve pour Montréal en lumière

Un show éphémère, un soir seulement à la Place des Arts, à l’occasion de Montréal en lumière. L’ambitieux nouveau disque, Punkt, présenté sous forme de grand spectacle extraordinaire avec une trentaine de musiciens et choristes.  Pierre Lapointe se payait la traite au Théâtre Maisonneuve, au grand plaisir de son public conquis, dont la moitié n’avait même pas entendu ledit disque. 

Belle surprise pour ces derniers, d’ailleurs : à l’entrée, on remettait à chaque spectateur une copie CD de Punkt.  Gratisse. La soirée ne se déroulait déjà pas comme à l’habitude…

Photo par Catherine Rosa.

Photo par Catherine Rosa.

Puis, dans la grande salle, la scène était remplie d’instruments et de gens, devant lesquels un Pierre Lapointe au look pop-geek farfelu et coloré s’est présenté afin d’enfiler les chansons du nouveau disque, dans l’ordre : l’instrumentale N2O, puis l’entraînante L’Étrange route des amoureux, et ainsi de suite.

Au départ, la sono traînait un peu de la patte : on se croyait dans un show de Centre Bell transposé tel quel dans un théâtre.

Tout au long de la soirée (surtout lors de la première partie), la voix se trouvait souvent ensevelie sous l’instrumentation imposante. Sur scène aussi, ça semblait être périlleux. Mais qu’importe. Le concept du show repose sur cet aspect éphémère, ce que les anglais appellent un one-night-only, alors il était entendu que les défauts feraient partie du charme.

D’ailleurs, tel un Rufus Wainwright québécois montréalais plus-montréalais-que-new-yorkais, Pierre Lapointe se trompait ou oubliait ses paroles à l’occasion et se permettait tout simplement d’interrompre la prestation afin de recommencer. Toujours avec cette attitude « bonne franquette », décontractée, presque détachée : pas de panique, on s’amuse entre nous.

Les membres de Random Recipe se sont joints au spectacle pour l’interprétation de La Sexualité, avec le rap de Fab et tout le tralala. Une joyeuse ribambelle.  Plus tard, ce sera Albin de la Simone – justement de passage au Québec cette semaine pour faire la promo de son nouvel album – qui viendra interpréter Monsieur au piano.

La première moitié de l’album, plus accessible, fait alors place à la seconde demie, plus étrange et imprévisible. L’instrumentation (harpe, cordes, chorale, cuivres, en plus des habituels guitares, basse, batterie, percussions, piano) respecte les ambitieux arrangements : même Barbara et sa finale « électrocutée » est interprétée comme sur le disque.

Mention spéciale aux Ministères, très réussie, ainsi que la dramatique La date, l’heure, le moment, au piano. D’une cruelle beauté, étant donné les propos…

 

Deuxième partie 

Après l’entracte, le stress de « casser les tounes » devant le public était passé. Punkt dans le sac, on pouvait passer aux hits du répertoire de Pierre Lapointe.

Photo par Catherine Rosa.

Photo par Catherine Rosa.

La prestation a alors pris de l’assurance et gagné en cohésion.  Le public enthousiaste a eu droit à quelques-uns de ses titres favoris, dont Au nom des cieux galvanisés, Columbarium, L’endomètre rebelle et Au bar des suicidés, ainsi que 2×2 rassemblés au rappel.

Les collègues Joseph Marchand (guitare) et Émilie Laforest (voix) ont également partagé la scène avec le chanteur pour une interprétation en trio de Les Callas.  Une nouvelle chanson à laquelle il a participé, écrit les paroles, chanté, pour dieu-ne-sait quel projet. Pas très clair tout ça, mais qu’importe, la chanson était jolie.

Fier ambassadeur des projets musicaux qui le branchent, Pierre Lapointe a pris soin de bien présenter les deux musiciens en question et leur projet Forêt, dont le premier album sortira le 19 mars. Une musique francophone, québécoise, inspirée de Portishead, Grizzly Bear, Beach House et St. Vincent. Inutile de dire qu’on garde un oeil là-dessus…

En somme, c’était un concert imparfait, sans doute moins réussi que l’artiste l’aurait souhaité, même. Mais ce genre d’exercice vient toujours avec son lot de semi-réussites, qui ne minent en rien les nombreux moments mémorables.

Difficile, toutefois, de ne pas s’imaginer ce qu’aurait pu être le spectacle de mardi soir après une dizaine de représentations. L’impact de l’instrumentation et les arrangements luxuriants auraient sans doute bénéficié de ce rodage essentiel.

Chapeau tout de même à Pierre Lapointe d’avoir eu le courage de nous présenter cette oeuvre de création à l’état brut, avec ses coutures ouvertes et ses petits fils qui dépassent. Un bel hommage au risque et à la fragilité, que tout artiste devrait embrasser pour mieux créer.

Et après tout, comme le disait lui-même le chanteur, « c’est juste de la chanson », avant d’ajouter : « … de la crisse de bonne chanson, pareil! »

 

► Citation de la soirée:  «Je voulais vous remercier d’avoir choisi de venir me voir plutôt qu’Anik Jean. En plus, moi, je n’ai même pas eu besoin de vous menacer».

Photos en vrac
(par Catherine Rosa)

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