Erik Truffaz
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Festival de Jazz de Montréal 2016 – Jour 10 | Erik Truffaz au Monument National : Aventures en terrain connu

Le trompettiste français Erik Truffaz et son quartet revenaient hier soir au Monument National pour un concert d’anthologie dans le cadre du Festival de Jazz de Montréal.


Musicien de talent, compositeur de renom, Truffaz fait partie de ces ovnis du jazz moderne, au même titre que Nils Petter Molvaer ou même Nerve, une musique totalement atypique et très hétéroclite, voyageant entre le hip-hop, le rock, la musique orientale, ou même l’electronica. Truffaz marqua la fin des années 1990 avec des albums passé à postérité, comme The Dawn (1998) ou The Mask (2000), qui lui permirent de gagner par la suite la confiance du prestigieux label Blue Note et de gagner en reconnaissance à l’international.

Dans son nouvel album, Doni Doni, Erik Truffaz s’est à nouveau entouré d’artistes notoires et d’actualité, comme Rokia Traoré ou Oxmo Puccino, mais a surtout fait appel à l’ancien batteur du pianiste Tigran Hamasyan, Arthur Hnatek, qui s’est joint à la formation pour amener un nouveau vent de fraicheur sur le plan musical. Le trompettiste français avait ainsi, pour la réalisation de cet album, fait le pari de se séparer de Marc Erbetta, le batteur qui l’accompagnait sur scène et en studio depuis une vingtaine d’années.

 

« Quand j’aurais 100 ans, il en aura 70 ! »

Toujours suivi par ses musiciens de toujours, Marcello Guiliani à la basse et Benoit Corboz au clavier, Truffaz se montre à nouveau capable de se réactualiser musicalement, avec toujours autant de polyvalence et de talent. Il semble aujourd’hui que ce remaniement ait payé. Arthur Hnatek excelle techniquement, apporte avec lui un background musical neuf et très divers. Plus heavy d’une manière générale, le batteur ravive la musique de Truffaz, tout en participant activement à la composition et aux arrangements de ses nouveaux morceaux. Il semble que l’influence de Jojo Mayer ait définitivement laissé des traces auprès de certains jeunes batteurs jazz contemporains. Hnatek défriche avec (presque) autant de talent des rythmiques empruntées aux drumaschine du dub et de la drum&bass, et réactualisé dans des fusion jazz diablement éclatantes.

Ovationné à plusieurs reprises par le public hier soir, le jeune new-yorkais amène avec lui la promesse d’une carrière musicale radieuse, et d’un renouveau musical gagnant pour le quartet.

Erik Truffaz - Monument National - Montreal 2016-5

« Caliss que c’est bon d’être ici ! »

Les compositions de Truffaz ont quelque chose d’assez remarquable, tant le musicien français semble capable de transposer son univers à travers des horizons musicaux très singuliers. Doni Doni est la consécration d’un travail de métissage musical amorcé il y a 2 ans avec une troupe de danse africaine.

À l’image du morceau éponyme, qui clôt la prestation du quartet hier, Truffaz et ses musiciens brassent des compositions aussi audacieuses que séduisantes. Quand le trompettiste n’est pas embarqué dans une balade ambiante fantasque, Hnatek, Guiliani et Corboz brillent de technicité à travers des improvisations explosives, sur des signatures rythmiques faisant écho à des cultures musicales riches et très diverses. La complicité qui lie les musiciens sur scène semble définitivement embarquer le public à travers une expérience musicale enivrante. L’alchimie apaise et exalte, le trompettiste séduit et surprend.

Et même quand la fête semble terminée, Truffaz fait lever son public et relance subitement ses musiciens pour une ultime improvisation. Épris d’une profonde affection pour le Québec, on embarquera à coup sur pour le prochain périple musical du quartet.

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