Orchestre Symphonique de Montréal
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L’Impressionnisme de Debussy & Ravel à la Maison Symphonique | L’OSM comme on l’aime

L’Orchestre Symphonique de Montréal était réuni ce soir dans un programme audacieux, rassemblant Jean Papineau-Couture, Johannes Brahms, Claude Debussy et Maurice Ravel. Sous la direction de maestro Juanjo Mena, l’orchestre a rayonné dans une cohésion que l’on n’avait pas entendue depuis longtemps et qui a ravie nos oreilles.

En ouverture était présentée Trois pièces du compositeur québécois Jean Papineau-Couture, composée en 1961. Très contrastée, elle fut un choix remarquable pour glisser doucement vers la pièce de résistance du concert qui suivait ensuite. L’Orchestre, convaincant sous la baguette de Mena, présentait une belle implication qui avait été plutôt absente lors des derniers concerts. Chef d’orchestre espagnol, le maestro a tout de suite imposé beaucoup de caractère et de justesse dans sa manière de diriger.

Étoile montante

Juste après, l’OSM recevait pour la première fois la jeune violoniste allemande Veronika Eberle, tout juste 27 ans, qui poursuit une carrière fulgurante après son introduction au Festival de Pâques de Salzbourg en 2006 par l’éminent Sir Simon Rattle. Et ce fut une découverte délicieuse tant la personnalité de la jeune femme est marquante. Dès les premières notes du concerto de Brahms op.77, on a pu sentir qu’elle avait une conception tout à fait personnelle de la pièce, mais justifiée et défendue d’un bout à l’autre. Empoignant à bras le corps la majestueuse oeuvre de plus de 40 minutes, reconnue comme l’une des plus difficiles du répertoire concertant, Veronika Eberle a définitivement conquis le public de la Place des Arts avec ses sonorités puissantes et chaudes, et sa délicatesse de son dans les nuances plus piano, toujours bien définies.

Portée par son Stradivarius (Dragonetti, 1700), elle a interprété le concerto avec beaucoup de caractère et a pu démontrer une grande prestance et maturité dans sa pensée de l’oeuvre. L’OSM a livré une interprétation par ailleurs soutenue, réagissant à merveille aux intentions de la soliste que ce soit dans les changements de tempo ou les contrastes extrêmes que l’on a pu entendre, grâce à Mena, toujours à l’écoute de sa soliste. La fougue de la jeune femme pouvait parfois l’emporter sur la précision et le thème du 3ème mouvement sembla précipité, laissant l’orchestre un peu derrière, mais ce n’est rien comparé à certains passages véritablement hypnotiques.

La France en musique

La seconde partie était consacrée à un répertoire 100% français présentant tout d’abord les Images n°2 de Debussy, intitulées Ibéria. Encore une fois, Juanjo Mena a fait preuve d’une extrême maîtrise, tirant de l’orchestre de magnifiques solos, tout particulièrement dans la section des vents. Dirigeant par coeur, le chef a pu se dévouer entièrement à l’interprétation à la fois festive, aérienne et exotique dans une pièce où les sonorités espagnoles lui correspondaient tout à fait.

C’est finalement la deuxième suite de Daphnis et Chloé de Ravel qui a clôturé ce très beau concert. Si la pièce a commencé de manière un peu trop directe, Mena a réajusté très vite le tir et a encore une fois montré toute l’étendue de sa vigueur afin d’engager tous les musiciens dans une interprétation brillante. Il y avait bien longtemps que l’on n’avait pas vu des musiciens aussi impliqués et désireux de mener leurs solos d’une belle manière jusqu’au bout. Le troisième mouvement de la suite a réellement été resplendissant. Le chef, débordant d’une énergie inépuisable, n’a pas hésité à bondir plusieurs fois sur son estrade afin d’entraîner l’orchestre dans un tourbillon éclatant, mais toujours clair. Cela fut un véritable délice d’entendre une si belle version du chef d’oeuvre qu’est Daphnis et Chloé.

Ce soir, l’OSM a prouvé sa valeur aux yeux et oreilles du public montréalais qui le lui a bien rendu. Les vents ont été particulièrement impressionnants. Alertes, ils ont réussi à montrer une belle cohésion, que ce soit dans le concerto de Brahms où leur rôle est plutôt de soutenir l’immense partition de la soliste ou bien dans Debussy et Ravel où ce sont eux les solistes. On espère entendre un OSM comme cela plus souvent et voir un retour de Veronika Eberle très vite sur la scène de la Maison Symphonique !

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