Oneohtrix Point Never
Critique Publié le

Oneohtrix Point Never au Red Bull Music Festival 2018 | Musique d’art contemporain

Tsé quand tu te retrouves dans une exposition, devant une œuvre, disons un grand trou dans un mur avec une roche de collée dedans, et que tu te dis « j’comprends rien pantoute mais mon Dieu que c’est beau »?  Oneohtrix Point Never, c’est exactement ça.

Très peu de monde, voire personne, n’est capable de rendre un tas de sons empilés sans apparente structure aussi touchant qu’OPN.

À l’inverse, personne n’est non plus capable de rendre des ballades ouvertement quétaines aussi subversives qu’OPN.

Dans les deux extrêmes de chaque spectre, Daniel Lopatin (de son vrai nom) excelle. Et pour ça on doit applaudir son approche multidisciplinaire. Parce qu’il est un de ces artistes complets qui a compris que l’image est au service du son et vice versa.

Par exemple, si la pièce est angoissante et étouffante, comme We’ll Take It, les visuels qui l’accompagnent seront grotesques.

Si c’est une pièce pop (une nouveauté dans la répertoire de l’artiste, la pop se fait sentir sur son plus récent album Age Of), le visuel sera genre une tête de mort avec des chaînes de vissées dans le crâne, en 3D.

Il s’est vraiment créé une esthétique à lui, en collaborant avec des artistes visionnaires, et ça transparaît dans ses shows.

Maria Jose Govea

Parlant de collaboration, si y’a une chose qu’OPN fait mieux que les autres, c’est dénicher les artistes les plus pertinents avant tout le monde. David Rudnick, Daylen Seu et autres pour ses visuels. James Blake, Prurient, Anohni, FKA Twigs, David Byrne pour sa musique.

Collaborateurs ça prend, pour monter un spectacle de même.

De son propre aveu il n’est pas capable de jouer ses propres compositions en live. Elles sont trop complexes, trop décousues, ou alors il les a composées dans une transe trop profonde pour se rappeler comment les reproduire. Et pourtant, hier à travers les speakers du Monument National, ces chansons semblaient tout à fait cohérentes et contrôlées.

Pour ça faut remercier le band que Oneohtrix Point Never s’est monté. Une genre de Justice League de la musique d’avant-garde : Kelly Moran aux claviers, Aaron David Ross (de Gatekeeper) aux instruments qu’on ne saurait nommer et à la vape, puis, encore plus notablement, Eli Keszler aux percussions.

Une critique de spectacle n’est pas un endroit pour la partisanerie, mais fuck it, je, Joshua Lessard, trouve qu’Eli Keszler est le meilleur drummeur du monde présentement.

Voilà, c’est dit.

Fait que de le voir, en personne, recréer les sonorités et signatures temporelles inhumaines des pièces d’OPN, ça ajoutait une couche de virtuosité à un spectacle déjà bouche-béeant.

Vos commentaires