Santa Teresa (festival musique)
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Santa Teresa 2019 – Jour 3 | Quand une annulation tourne au happening

L’an dernier, l’annulation du spectacle de Lil Uzi Vert avait bien mal conclu le festival Santa Teresa, un oeil au beurre noir pour un événement si jeune… Cette année, l’annulation du spectacle d’Alaclair Ensemble a plutôt donné lieu à un moment unique et rassembleur dont on se rappellera longtemps. Retour sur une conclusion de festival beaucoup mieux gérée, comme quoi on peut apprendre beaucoup des fiascos.

Pauvre gang de minces. Les gars d’Alaclair devaient se produire au tout nouveau festival Metro Metro au Parc Olympique de Montréal samedi, puis en clôture du festival Santa Teresa le lendemain. Ça devait être un gros week-end pour eux. Finalement, le retard de Rich The Kid aura forcé le groupe à laisser sa place samedi (pour rien, finalement, puisque Rich The Kid n’a pas joué non plus…). Et dimanche soir, le plancher du Local 41, lieu où devait se tenir leur prestation, n’était pas suffisamment sécuritaire pour permettre la tenue du show.

Vous avez bien lu.

Le plancher d’une salle a causé l’annulation d’un spectacle.

« On était dans le sous-sol et on voyait le plancher renfoncer d’un bon 6 à 8 pouces lorsque les gens sautaient », nous confiait le directeur technique peu après l’annulation. C’était le show de Kirouac & Kodakludo, en ouverture de la soirée, juste avant LaF et Alaclair. Si les fans de Kirouac font renfoncer le plancher de 6 à 8 pouces, imaginez le pauvre plancher quand Alaclair jouerait Ça que c’tait

Donc une autre édition, et une autre fin en queue de poisson. Sauf que si Santa Teresa a compris quelque chose de sa mésaventure de 2018, c’est qu’il vaut mieux essayer de contenir la foule lors d’une annulation, avec de la transparence et en se servant si possible de la collaboration des artistes. Et Dieu merci, les gars d’Alaclair ont été bons joueurs.

Le responsable de la salle a d’abord informé les gens de la situation au micro, et prié tout le monde de sortir calmement. Les artistes vous attendent dehors, vous pouvez aller chiller avec eux, nous disait-on grosso modo.

Il ne mentait pas. Ils y étaient. Maybe Watson a d’ailleurs improvisé quelques rimes habiles sur le trottoir sous l’affiche one-way, ce qui a semblé amuser la foule.

 

Puis le reste de la gang est arrivée avec la vanne de tournée dans la ruelle adjacente, et en deux temps trois mouvements, la scène de ruelle s’est transformée en mini-show improvisé, micros et moniteurs apportés là à l’improviste, avec Vlooper aux commandes musicales avec son téléphone branché dans la radio du véhicule.

C’tait finalement ça que c’tait.

 

Grosse journée rap

Ceci venait conclure joyeusement une journée à 90% hip-hop, qui s’était déroulée jusque-là sans anicroche, mise à part une petite vingtaine de minutes de pluie abondante.

Le rappeur suédois Yung Lean a fait bouncer la foule avec son cloud rap un peu emo, mais balancé avec un aplomb étonnant.

La foule la plus cool revient toutefois à celle de Night Lovell, qui se produisait tout juste après l’averse, alors que le fond de l’air s’était radicalement refroidi.  À coup de moshpits et de walls of death, on aurait dit que Ste-Thérèse avait soudainement pris froid, et n’avait trouvé de meilleure solution pour se réchauffer que de bouncer et de se rentrer dedans. Le rappeur ne demandait pas mieux. Habile manieur de foule, le jeune homme.

Koriass a aussi donné une solide claque, lui qui était programmé un peu tôt, sur l’heure du souper, mais n’en a pas fait grand cas. Au moins, pour son show, il faisait beau. Et relativement chaud.

Le mordant de sa Nuit des longs couteaux se transmet vraiment bien sur scène, c’est le moins qu’on puisse dire. Surtout avec un batteur et un claviériste. Ça ajoute du punch. Pas que le rappeur en manque, remarquez…

Juste avant lui, toujours sur la scène extérieure, le groupe punk ontarien PUP faisait office de chien-dans-un-jeu-de-quilles avec leurs guitares lourdes et leur énergie hardcore, qui ont médusé les fans de rap. La foule n’était visiblement pas la même que pour le reste de la programmation, mais ça fonctionnait quand même.

Zach Zoya s’était produit juste avant PUP, pour être certain que le groupe punk soit vraiment EN SANDWICH entre deux shows hip-hop.

Ailleurs sur la plus petite scène extérieure, les plus récents gagnants des Francouvertes, O.G.B. en ont mis plein la vue aux dizaines de festivaliers qui déambulaient dans ce bout du site.

 

Le repos du trentenaire à l’Église

Parmi les shows intérieurs maintenant, on pouvait notamment voir à l’oeuvre le groupe de l’Illinois, American Football, qui ne s’était jamais produit au Québec avant, ni lors de sa période initiale (deuxième moitié des années 1990), ni depuis son retour en 2014.

Visiblement, Ste-Thé n’était pas très au courant de la rareté de l’événement, puisque l’Église Ste-Thérèse-d’Avila était à peine à moitié pleine. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la moyenne d’âge montait d’au moins dix ans par rapport à la foule attroupée à l’extérieur pour Yung Lean.

Mais les absents ont toujours tort, et c’était le cas hier. Le lieu est magnifique, et convenait parfaitement à la prestation proposée. Le groupe post-rock mid-tempo à tendance emo n’est pas sans son petit côté angélique dans ses mélodies complexes, qui réverbéraient de belle façon dans la cathédrale. Lorsque la trompette du batteur Steve Lamos claironnait, ou lorsque la délicate mélodie cyclique à la Tubular Bells de l’envoûtante Silhouettes résonnait, on croyait un peu plus en Dieu soudainement.

Très beau contexte pour un concert malheureusement sous-apprécié.


Premier week-end de l’ère-Cannabis

Maintenant parlons pot. Parce qu’après tout, c’était le premier week-end de festivals extérieurs depuis la légalisation et plusieurs se demandaient comment ça allait se passer.

La réponse courte : très bien, pas de problème, merci.

En gros, samedi à Metro Metro, on a vu (et parlé à) un gars en probation (il nous a confié avoir fait de la prison pour vente de drogue) qui est entré sur le site du festival avec une quantité assez impressionnante de marijuana scellée. Avec sa facture de la SQDC. En toute transparence donc.

Et that’s the way to do it.

Aucune question, aucun problème, c’est comme s’il était entré sur le site avec un cahier de mots croisés.

En revanche, un collègue journaliste s’est fait confisqué son paquet de cigarettes déballé. Conclusion : le pot légal est la bienvenue tant qu’il ait été acheté à la SQDC et qu’il est scellé. Toute autre forme de cannabis potentiel sera examinée et possiblement confisquée. Soyez avertis.

Et on le fume où ce cannabis ?

Là où c’est prévu, soit les « sections fumeurs ».

Le seul hic, c’est que la zone fumeur de Santa Teresa était un peu loin de la scène, si bien que ça se remplit durant les pauses, et ça se vide considérablement pendant les spectacles.

Tout ça pour dire que tout baigne, on n’a pas remarqué plus de festivaliers en perte de contrôle, et les gens de la sécurité, tant à Metro Metro qu’à Santa Teresa, semblent moins tendus.

Ça demeure assez particulier, pour l’instant, de voir un jeune homme s’en rouler un tout en discutant avec un agent de police pour savoir où il avait droit de le fumer. Mais ça fait du bien de voir tous ces gens-là discuter de ces choses-là dans le calme et le respect.

Voilà une bonne chose de faite.

On suit la situation de près. Si vous avez vécu une expérience différente à ce sujet, n’hésitez pas à nous le partager au info@sorstu.ca

 

Photos en vrac du jour 3 de Santa Teresa 2019

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