Fête nationale du Québec à Laval
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Fête nationale du Québec à Laval 2018 | Liberté, parité, diversité!

Si on devait expliquer l’identité québécoise moderne à un nouvel arrivant par le biais d’une célébration de la Fête nationale, c’est sans doute à Laval qu’il faudrait l’amener, le 24 juin.


Depuis déjà 4 ans, la « St-Jean à Laval » s’impose comme l’événement musical le plus pertinent des célébrations de la Fête nationale.

D’abord parce que la fierté d’être Québécois passe par la musique, par le mélange des influences et des cultures, par la parité acquise par principe sans en faire un outil de promo, mais surtout par le plaisir d’être ensemble et de consommer notre culture au sens élargi, avec une direction artistique qui a le pouls de son époque et la pleine liberté d’essayer autre chose.

Parce qu’on va se le dire : un « show de St-Jean », ça peut sonner comme une célébration ringarde où on dépoussière des vieux de la vieille, où l’on se gargarise de discours d’une autre époque, et où on brandit le drapeau fleurdelysé comme si l’indépendance était à nos portes.  C’est comme ça depuis les années 1990, peut-être même avant.

Sauf que les temps ont changé, et on s’y retrouve un peu moins aujourd’hui.

La Fête nationale de Laval ne va pourtant pas siiiiii à contre-courant que ça. On célèbre encore et toujours le fait français. On en profite pour affirmer sa fierté identitaire. On dépoussière même quelques classiques, à commencer par Quand les hommes vivront d’amour chantée par la chorale des Petits chanteurs de Laval. Ou encore France D’Amour qui nous rocke un bon vieux Animal, ou Diane Dufresne qui nous implore de ne pas tuer la beauté du monde, ou Daniel Bélanger qui nous sort son Parapluie pour nous mettre le coeur à l’abri de cette fine pluie gossante.

Sauf qu’on s’amuse aussi avec les classiques. Parlez-en à Matiu, un artiste de la communauté de Mani-Utenam qui nous swingue un Bon gars de Desjardins bien requinqué.  Ou Beyries qui s’approprie Si j’étais un homme de Diane Tell. Ou Antoine Corriveau, qui mord à pleine dent dans un N’importe quoi bien intense, le poing bien crispé, devant des projections de feu et d’éclairs!  On a découvert, dimanche soir, une facette insoupçonnée de son talent d’interprète…

« J’ai eu l’idée quand j’ai réalisé qu’Antoine avait la même diction qu’Éric Lapointe », nous confiait la metteure en scène Émilie Laforest, peu après le spectacle. On parle bien de diction, ici, et non d’articulation. Et c’est vrai que le timbre de voix d’Antoine Corriveau se prête étrangement bien à l’exercice. Sans compter qu’il y prenait visiblement plaisir. Et nous aussi.

 

Hier… et demain

Au-delà des classiques, revisités et/ou fidèles à l’original, il y a aussi la volonté de célébrer les nouveaux classiques, ceux de demain, ceux d’aujourd’hui.

On parle d’un Vincent Vallières qui chante Le temps passe avec les Petits chanteurs de Laval, dont ce garçon qui vivait visiblement le meilleur moment de sa vie…

On parle aussi de J’en ai plein mon cass d’Émile Bilodeau qui est en train de devenir un air marquant dans la culture populaire, ou Klô Pelgag, dans son habit de « Capitaine Cosmos de la St-Jean », qui interprète une version particulièrement intense de Samedi soir à la violence.

Pour sa part, après avoir mis le grand public dans sa petite poche en exploitant son Ti-Cuir intérieur, Antoine Corriveau offrait ensuite son excellente Croix blanche, une autre de ces chansons à faire écouter à quiconque qui prétendrait que « la chanson québécoise n’est plus ce qu’elle était ».  Elle n’est plus ce qu’elle était en effet; elle est ailleurs. Célébrons-le.

D’ailleurs, la merveilleuse idée de prévoir un numéro de 10 minutes de hip-hop féminin a donné lieu à un moment aussi explosif que prévu. Les filles de Random Recipe, entourées de trois générations de rappeuses, de Jenny Salgado à Marie-Gold, en passant par Donzelle et Sarahmée, ont eu la bonne idée d’y aller d’un numéro collectif plutôt que de laisser chacune interpréter sa chanson. Sur l’air du Début d’un temps nouveau savamment réorchestré par Foxtrott, les filles ont montré que le rap se conjugue aussi bien au féminin. En voulez-vous, du chien?  En v’là.

Le spectacle de plus de deux heures s’est soldé par un feu d’artifice généreux, au son d’Afrikana Soul Sister. À ce point-là, même la météo maussade s’est rangé du bon côté, juste à temps pour les pétards.

Tout ça, toutes ces saveurs musicales, toutes ces générations, toutes ces chansons et ces accents et ces couleurs et ces sourires combinés, c’est toute la richesse d’être Québécois en 2018.

Grille de chansons

  1. Quand les hommes vivront d’amour (Petits chanteurs de Laval)
  2. À hauteur d’homme (Vincent Vallières)
  3. Le temps passe (Vincent Vallières)
  4. On a mis ça s’a carte (Marc Déry et Vincent Vallières)
  5. Les femmes préfèrent les ginos (Marc Déry)
  6. Les ferrofluides-fleurs (Klô Pelgag)
  7. N’importe quoi (Antoine Corriveau)
  8. Croix blanche (Antoine Corriveau)
  9. Vivante (France D’Amour)
  10. Animal (France D’Amour)
  11. Medley hip-hop (Random Recipe, Jenny Salgado, Marie-Gold, Sarahmée, Donzelle)
  12. Indian Time (Matiu)
  13. Le bon gars (Matiu)
  14. Je n’irai pas ailleurs (France D’Amour)
  15. Je pars à pied (Vincent Vallières)
  16. Café Lézard (Vincent Vallières)
  17. Tu me dirais-tu (Émile Bilodeau)
  18. J’en ai plein mon cass (Émile Bilodeau)
  19. Marie-Louise (Marc Déry)
  20. Poisson d’avril (Marc Déry)
  21. Si j’étais un homme (Beyries)
  22. J’aurai 100 ans (Beyries et Marc Déry)
  23. Samedi soir à la violence (Klô Pelgag)
  24. Texte patriotique (Kim Thuy et invités)
  25. Oxygène (Diane Dufresne)
  26. Vivre (Diane Dufresne)
  27. Hymne à la beauté du monde (Diane Dufresne)
  28. Il y a tant à faire (Daniel Bélanger)
  29. Rêver mieux (Daniel Bélanger)
  30. Le parapluie (Daniel Bélanger)
  31. Spoutnik (Daniel Bélanger et Afrikana Soul Sister)
  32. Feu d’artifices, piou piou pis aweille pars là!

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