Les robots font-ils l'amour?

Les robots font-ils l’amour? D’Angela Konrad à l’Usine C | « Hybrides-toi ou meurs ! »

S’inspirant de l’ouvrage scientifico-philosophique récent de Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier, Les robots font-ils l’amour?, l’artiste d’origine allemande Angela Konrad, en résidence à l’Usine C, propose une pièce d’une terrible acuité sur le transhumanisme, l’intelligence artificielle forte, l’humain augmenté, la technologie appliquée au médical, la primatologie, la nanotechnologie au service de la procréation et aussi bien dire, l’avenir tout proche de la race humaine. Une réflexion troublante autour de thèmes moraux et éthiques aussi délicats que Dieu n’existe pas encore, mais ça s’en vient.

Ayant pour tout décor une longue table transversale où se dressent quatre micros, et un écran en fond de scène, conçu par la metteure en scène Angela Konrad qui signe également la conception des costumes, tous noirs, la pièce commence sous les allures d’un colloque international des plus sérieux, avec la participation de grandes sommités scientifiques comme autant de docteurs en ceci et de professeurs universitaires en cela.

Crédit photo : Maxime Robert-Lachaine

Crédit photo : Maxime Robert-Lachaine

On retrouve même une sexologue et psychothérapeute en approche cognitive-comportementale française portant le joli nom de Dre Niki de Laqueue. Ils ont tous d’ailleurs des titres de fonctions qui n’entrent pas sur une seule ligne. À l’heure de la réalité augmentée, faudra-t-il parler bientôt de l’humain augmenté? Il y a parmi ces savantes personnes des pour et des contre qui donnent du théâtre des plus avant-coureurs.

L’une des invités est mariée depuis 4 ans à Atlas, un robot faisant 6 pieds, vivant heureux avec leurs deux charmants chiens robots. Une autre, qui est en faveur de l’évolution par sélection naturelle comme depuis toujours, vit avec des chimpanzés en étant contre toute forme d’humanisation à leur égard, réclamant le droit comme pour elle-même d’être imparfaits.

Ils parlent de transhumanisme, de fœtus se développant dans des utérus artificiels, de cognitique, d’implantations de nano prothèses intracérébrales, de cryogénie à moins 196 degrés Celsius, de cellules du cerveau humain injectées à des animaux, de la procréation d’enfants à la carte, d’ectogenèse, de biotechnologie, de fusion entre humain et mécanique surminiaturisée, de relation sexuelle avec des robots en silicone avenants et sur mesure, de la mort comme un échec de la biologie. Mais est-il souhaitable de devenir immortels?, lancera en désespoir de cause l’un d’eux.

On peut lire dans le programme de la pièce quelques prédictions de Ray Kurzweil, directeur de l’ingénierie chez Google et cofondateur de la Singularity University. Selon lui, dès 2031, les imprimantes 3D seront utilisées dans les hôpitaux pour imprimer des organes humains. Et dès 2038, nous verrons l’apparition de personnes entièrement robotisées, dotées d’une intelligence artificielle augmentée, et d’implants à la carte comme des yeux-caméras ou encore des bras-prothèses supplémentaires. Si bien que l’humain tel qu’on le connaît aujourd’hui deviendra une sous-espèce inférieure, devant la propriété inutile de s’opposer à la science.

Photo par Nathalie St-Pierre

Photo par Nathalie St-Pierre

Pour faire passer son lourd message de révolution scientifique, Angela Konrad peut s’appuyer sur une solide distribution de cinq comédiens, parmi lesquels Philippe Cousineau et Lise Roy se démarquent par leur véracité. Sa mise en scène, faisant jouer à la chaise musicale ses interprètes, est précise et efficace. On s’en doute, le colloque finira en foire d’empoigne dans une mêlée générale, l’humain étant ce qu’il est, même pour les plus savants entre eux.

« Ils ne savent pas vivre, mais ils ne veulent pas mourir », a écrit l’antique Sénèque, comme nous le rappelle judicieusement la metteure en scène qui est aussi professeure à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM. Au sein de sa propre compagnie, La Fabrik, elle est reconnue pour ses bonnes fréquentations avec Shakespeare, Brecht, Müller et Tchekhov.

À noter : il y aura un vrai colloque portant sur les sujets de la pièce et leur urgence le 10 mars à 13h30 au Café de l’Usine C, animé par Angela Konrad qui sera en compagnie de vrais spécialistes en informatique cognitive, en éthique de l’intelligence artificielle et en philosophie que sont les universitaires Sophie Callies, Martin Gilbert et Simon Lacoste-Julien. L’entrée est libre, mais il vaut mieux réserver à vasb@hfvar-p.pbz.

 

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